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Colonisation, immigration, post-colonialisme
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Date : 2013-03-29
Support : Colloques
Titre : 1983 : Tournant médiatique de la question de l’immigration en France
Auteur :

Date : 2012-12-12
Support : Films
Titre : FILM Exhibitions
Auteur : Réalisé par Rachid Bouchareb, Scénario de Pascal Blanchard et Rachid Bouchareb

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1534-1789 : premiers comptoirs et traites négrières
1789-1848 : de la Révolution française à la IIe République
1848-1885 : abolition et nouvelles conquêtes
1885 : le tournant colonial
1885-1919 : le deuxième empire colonial du monde
1920-1945 : l’apogée impérial
1946 : Union française et départementalisation
1946-1962 : les décolonisations
1962-2007 : les outre-mers


1534-1789 : premiers comptoirs et traites négrières

En deux siècles et demi, l’organisation du monde va être profondément bouleversée par l’installation des grandes puissances occidentales en Amérique, en Asie, en Océanie et en Afrique…

Le temps des comptoirs
L’Europe, à la fin du XIIIe siècle, est devenue avide de produits exotiques comme la soie, les épices, le poivre, les cotonnades et l’or qui transitent par Venise. L’irruption des Portugais dans l’océan Indien en 1498 va altérer cette organisation. Pendant un siècle, ils vont contrôler le marché avec l’Asie. Au XVIe siècle, les autres puissances maritimes européennes interviennent et créent des compagnies des Indes, dont les Hollandais ont inventé la formule, pour conduire les échanges avec l’Asie. Elles ont le monopole des échanges. En France, Colbert crée en 1664 la Compagnie française des Indes orientales qu’il pense d’abord établir à Fort-Dauphin (Madagascar), mais c’est à Poudouchery (ou Pondichéry, en Inde) que les Français s’installent définitivement en juin 1686. Dans le même mouvement, les « colonies d’Amérique » ont été rattachées au secrétariat d’État à la Marine en 1669. L’activité de la compagnie est par conséquent inséparable d’un début de « politique de colonisation ». Ainsi, Dupleix, gouverneur des établissements français de l’Inde au milieu du XVIIIe siècle, soutient systématiquement une politique d’intervention dans les affaires intérieures du pays.

Le temps des traites
La traite des Africains existe depuis l’Antiquité. Les traites intra-africaines et orientales ont précédé les traites négrières coloniales. Celles-ci, qui prennent
forme dès le début du XVe siècle, vont cependant profondément bouleverser le monde moderne et laisser des héritages complexes dont les traces sont toujours présentes. Bientôt, toutes les grandes puissances européennes s’engagent dans le commerce d’êtres humains. La France crée, en 1635, la Compagnie des îles d’Amérique pour gérer ses colonies aux Caraïbes — la France est installée en Guadeloupe et en Martinique depuis 1635, et à Saint-Domingue à partir de 1642. Cette compagnie passe accord avec un marchand rouennais pour livrer 60 Africains à la Guadeloupe chaque année. Dès 1670, les négriers français traitent officiellement 1 000 Africains par an, auxquels il faut ajouter la traite illégale. De La Rochelle d’abord, puis de Saint-Malo, Bordeaux, Dieppe, Honfleur, Rouen et Nantes, partent des bateaux négriers. Pour la France, les historiens estiment à 4 200 les voyages négriers et à plus de 1 250 000 les Africains déportés vers les colonies. Moins développée, la traite négrière française dans l’océan Indien — la France s’est installée à l’île Bourbon en 1674 et à l’île Maurice en 1715 — se poursuivra toutefois de manière illégale bien après l’abolition de la traite (1815). La racialisation de l’esclavage affecte le vocabulaire de la langue française où, dès la fin du XVIIe siècle, « nègre » et « esclave » deviennent des synonymes.


1789-1848 : de la Révolution française à la IIe République

Entre deux abolitions de l’esclavage — 1794 et 1848 —, la France change d’époque coloniale et la dynamique de sa présence outre-mer est relancée avec la conquête de l’Algérie.

La Révolution française et les colonies
Lors de la Révolution française, l’abolition de l’esclavage et de la traite est revendiquée par nombre de députés des États généraux, comme l’abbé Grégoire, La Fayette, Condorcet, Marat, La Rochefoucauld ou Mirabeau. Ce débat occupe la scène politique, sans pour autant que soient réellement contestés le principe et le droit de « colonisation ». Sous leur impulsion, l’article 1er de la Déclaration des droits de l’homme (août 1789) interdit implicitement l’esclavage, mais les principes de 1789 ne sont pas appliqués dans les colonies et le décret du 15 mai 1791 n’accorde la citoyenneté qu’à une infime minorité d’esclaves. Il faut attendre le 4 février 1794 pour que l’Assemblée, par acclamation, abolisse explicitement l’esclavage. Le 22 août 1795, les colonies sont « soumises aux mêmes lois constitutionnelles » que la métropole. Ces réformes républicaines, fondamentales, seront annihilées à l’arrivée de Napoléon Bonaparte au pouvoir.

Napoléon, le « colonial »
Au lendemain du coup d’État du 9 novembre 1799, l’empire colonial français subit la pression de « l’ennemi héréditaire » britannique et la Martinique passe sous son autorité. Napoléon Bonaparte rétablit la situation prérévolutionnaire dans la Constitution de décembre 1799. Il exclut ainsi les colonies de la « loi commune » pour les faire revenir sous les « lois d’exception ». Au même moment, Saint-Domingue se libère de l’esclavagisme français. Napoléon Bonaparte décide alors de rétablir l’esclavage (il n’interdira la traite qu’en mars 1815, à quelques semaines du Congrès de Vienne) et remet en vigueur, le 20 mai 1802, le Code noir. Avec la loi du 3 juillet 1802, il prône l’interdiction aux « hommes de couleur » d’entrer en métropole. Enfin, il engage deux flottes pour rétablir l’ordre en Guadeloupe et à Saint-Domingue. Cette reconquête coloniale se solde par un échec cuisant à Saint-Domingue marqué par son accession à l’indépendance, le 1er janvier 1804, sous le nom de république d’Haïti.

La conquête de l’Algérie
Lorsque la monarchie revient aux affaires, l’empire colonial est exsangue : l’île d’Haïti est indépendante ; les îles Maurice, Sainte-Lucie et Tobago sont anglaises ; les comptoirs du Sénégal viennent à peine d’être restitués à Louis XVIII (1816)… En 1830, Charles X, pour des questions de politique intérieure, décide de conquérir la régence d’Alger. Plus tard, Louis-Philippe confie la poursuite de cette « mission » au maréchal Bugeaud — action qui consistera en une longue succession de violences et de répressions contre les populations locales — jusqu’à la reddition de l’émir Abd el-Kader en 1847. À la veille de la IIe République, une nouvelle dynamique impériale est donc en marche. L’édifice impérial va être progressivement légitimé par les idéaux républicains, alors que Victor Schœlcher (1804-1893), sous-secrétaire d’État en charge des Colonies, obtient l’abolition définitive de l’esclavage le 27 avril 1848. La Constitution de cette même année organise l’Algérie en trois départements français.


1848-1885 : abolition et nouvelles conquêtes

Entre l’abolition définitive de l’esclavage en 1848 et le « grand débat » colonial des républicains de 1885, la France cherche les bases d’une pensée coloniale spécifique, tout en augmentant la surface de son empire ultramarin.

Le tournant de 1848
Le combat pour l’abolition de la traite négrière et de l’esclavage en 1848 a été long et difficile. Accusés d’être des agents de l’étranger, de vouloir ruiner l’économie nationale, d’encourager la paresse, les abolitionnistes durent, selon le plus combatif d’entre eux, Victor Schœlcher, « lutter sans relâche contre la virulence des passions les plus exaspérées comme les plus viles ». Mais leur détermination ne sera pas suffisante pour transformer les conditions de vie dans les colonies où régnaient l’esclavage et un pouvoir économique qui restera aux mains des grands propriétaires blancs.

De l’abolition à la colonisation…
La lutte abolitionniste va donner aux visées de la conquête coloniale une justification morale, qu’il s’agisse d’ « abolir l’esclavage interafricain », d’aller « sauver des populations asservies par une monarchie féodale ou esclavagiste » (comme à Madagascar ou au Cambodge), « soumises au despotisme » (comme en Algérie, en Tunisie ou en Cochinchine) ou « abandonnées à la barbarie » (comme en Afrique noire, en Annam ou en Nouvelle-Calédonie). Dans le prolongement de ce tournant, Napoléon III va autoriser par décret, en 1852, le rachat d’esclaves sur les côtes africaines qui se voient offrir un contrat d’« engagement libre ». Un nouveau trafic s’organise aux Comores, à Zanzibar et à Madagascar : des esclaves pris en Afrique y sont vendus comme « engagés libres » et envoyés aux Amériques ou dans les colonies de l’océan Indien. Sous l’impulsion de grandes figures religieuses, tels le cardinal Charles Lavigerie et l’abbé Jean-Marie de La Mennais, l’Église catholique rejoint la cause abolitionniste pour mieux justifier sa politique d’évangélisation des « indigènes ». Une vaste littérature va célébrer la mission « civilisatrice » de l’Église aux colonies. Une conférence internationale contre l’esclavage se tient à Bruxelles en 1889 qui confirme le droit d’intervention des puissances européennes dans des pays souverains au nom de l’abolitionnisme.

Une nouvelle dynamique
Sous le second Empire (1852-1870), la France lance des expéditions à travers le monde : au Mexique, le projet échoue ; en Syrie, l’intervention est faite pour « protéger » les Maronites chrétiens contre les Druzes musulmans ; en Extrême-Orient, l’armée française intervient en Chine et en Indochine (Cochinchine et Cambodge) ; au Sénégal, la conquête se développe ; en Nouvelle-Calédonie, la France s’installe… Napoléon III énonce une vision nouvelle du « lien colonial », tant juridique, économique que politique, imaginant même la création d’un « royaume arabe » de Damas à l’Atlantique sous la « protection de la France ». Après la défaite face aux Prussiens à Sedan (1870), la France cherche à compenser l’humiliation en s’engageant rapidement sur la scène ultramarine, ce que dénoncent les nationalistes et monarchistes : elle intervient en Kabylie pour répondre à une révolte sans précédent, place la Tunisie sous protectorat, envoie l’armée au Soudan, à Madagascar et au Tonkin, négocie au Congo via Brazza ou en Annam. La IIIe République affirme ainsi clairement l’héritage colonial des régimes précédents et se place dans la dynamique du second Empire.


1885 : le tournant colonial

La grande poussée expansionniste des puissances européennes en Afrique et en Asie a créé de nombreuses zones de tensions en Occident. Ce contexte va aboutir à l’accord de 1885.

Le jeu des grandes puissances
Au début des années 1880, le Congo est au cœur de vives tensions entre la France, le Portugal, l’Allemagne et l’Angleterre. La course aux derniers « espaces vierges » est lancée. En 1884, le Portugal et l’Angleterre — qui craignent la poussée de la France vers le Congo — signent un traité stipulant l’attribution au Portugal des deux rives du fleuve Congo jusqu’à Noki. Cet accord déclenche de violentes réactions — hollandaises, françaises, allemandes — centrées sur la promotion de la « liberté du commerce » mise en péril par le contrôle portugais des rives du fleuve. L’Association internationale du Congo (AIC), organisme régi par le roi belge Léopold II et notamment reconnu dès 1884 par les États-Unis, l’Allemagne et la France (1885), est contestée par certaines puissances coloniales, déniant à une structure privée le « droit de conquête ». C’est à partir de ces deux problématiques que la conférence de Berlin établit les règles du jeu entre puissances occidentales.

La conférence de Berlin
Convoquée par le chancelier allemand Bismarck du 15 novembre 1884 au 26 février 1885, la conférence de Berlin réunit quatorze nations : Allemagne, Autriche-Hongrie, Belgique, Danemark, Empire ottoman, Espagne, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Pays-Bas, Portugal, Russie et Suède, ainsi que l’AIC en tant qu’observateur. L’acte général, établi le 26 février 1885, précise les modalités futures de l’occupation de l’Afrique, sans pour autant constituer un véritable « partage » du continent. En premier lieu, les puissances européennes disposant de comptoirs sur les côtes africaines peuvent étendre leur présence et négoce à l’intérieur des terres, dans la limite des zones déjà détenues par d’autres puissances. Toute terre conquise doit être occupée : les métropoles doivent y installer une administration (civile ou militaire), matérialiser les nouvelles frontières par des postes militaires et les éventuels traités signés avec les autorités « indigènes » doivent être signalés aux autres nations colonisatrices.

Le tournant colonial des républicains
L’engagement de la IIIe République dans la colonisation est entré dans une phase active depuis que Jules Ferry (1832-1893) est devenu président du Conseil en 1880. Cependant, sa politique rencontre de nombreuses hostilités. Ainsi, c’est sur un revers militaire au Tonkin que le gouvernement Ferry chute le 30 mars 1885. Durant l’été de la même année s’ouvre un vif débat concernant le financement de la conquête de Madagascar et, plus généralement, la poursuite de l’expansion coloniale dont Jules Ferry est un fervent défenseur. Malgré les oppositions, il l’emporte à la Chambre des députés le 30 juillet 1885 avec cent quarante-neuf voix d’avance sur l’opposition. Après les nouvelles élections d’octobre 1885, l’opportunité des conquêtes est de nouveau débattue, alors que l’armée française est au Tonkin et à Madagascar. Le président du Conseil, Henri Brisson, soutient l’entreprise coloniale face à une forte opposition. À la veille de Noël, le vote est très serré et le gouvernement l’emporte avec deux voix d’avance. L’expansion coloniale peut se poursuivre.


1885-1919 : le deuxième empire colonial du monde

Temps de conquêtes, mais aussi de concurrence avec la Grande-Bretagne (Fachoda en 1898) puis avec l’Allemagne (Agadir en 1911), ces années sont celles de l’engagement colonial des républicains.

La nouvelle vague d’expansion
L’Ancien Régime, Charles X et le second Empire lèguent à la IIIe République un domaine colonial non négligeable rassemblant les possessions antillaises, la Guyane, l’île de La Réunion (ancienne île Bourbon), les comptoirs des Indes, le Sénégal, l’Algérie, mais aussi les nouvelles conquêtes de Cochinchine, du Cambodge, de Mayotte, de Tahiti, des Marquises et de la Nouvelle-Calédonie. Dans ce contexte, marqué par le vote en faveur de l’expansion coloniale de 1885, une nouvelle impulsion s’opère sous l’égide d’hommes comme Jules Ferry, Eugène Étienne ou Léon Gambetta. Cette politique a des opposants virulents — Jules Maigne, Paul Vigné, Félicien Challaye, Frédéric Passy, Camille Pelletan ou Georges Clemenceau, ainsi que la plus grande partie de la droite nationaliste et royaliste — mais va s’imposer jusqu’à la Première Guerre mondiale, dynamisée par la concurrence des autres puissances coloniales, notamment la Grande-Bretagne, puis l’Allemagne.

Conquêtes militaires et traités
Très vite, la politique de conquêtes s’accompagne d’une politique des traités afin d’attribuer des « terres n’appartenant à personne » ou habitées « par des tribus barbares » à la France. Ces épisodes — guerres et traités signés souvent par la force — se multiplient, jalonnant la construction de l’empire colonial : combat contre Samory Touré (Guinée, 1886-1898), campagnes militaires contre le roi Béhanzin (Dahomey, 1892-1894) ou Cheikh Ahmadou Bamba (Sénégal, 1895), conquête malgache s’achevant avec l’exil de la reine Ranavalona III (1883-1895), protectorat français en Tunisie (1881-1883), « pacification » de l’Annam et du Tonkin (1882-1896), création de l’AOF (1895)… Le Maroc, protectorat conquis entre 1906 et 1912, vient compléter l’édifice en Afrique du Nord à la veille de la Grande Guerre.

L’appel à l’empire
Les projets de recrutement militaire local se multiplient au tournant des XIXe et XXe siècles, portés par des officiers de renom, tels le colonel (futur général) Mangin et sa « Force noire » ou le général Pennequin, théoricien de la « Force jaune ». Tout au long de la conquête jusqu’au protectorat du Maroc, ces supplétifs constituent les troupes de choc de la pénétration française. Certes, les projections d’avant 1914 concernant le recrutement ne seront jamais atteintes, mais un flot ininterrompu de soldats et de travailleurs venus de l’empire n’en contribue pas moins à l’effort de guerre. Avec 47 900 Maghrébins tués, 25 000 Sénégalais tués ou disparus, 2 471 Malgaches et 1 548 Indochinois tués, auxquels s’ajoutent morts, disparus ou blessés des autres territoires, l’indéniable contribution des soldats de l’empire à la victoire achève de convaincre les derniers opposants de l’intérêt des colonies. La venue des « indigènes » en France contribue également à changer le regard qu’on leur porte. Ces centaines de milliers de travailleurs et soldats découvrent aussi la France. Le rapport de domination coloniale ne peut qu’être ébranlé par ces nouvelles réalités sociales et culturelles.


1920-1945 : l’apogée impérial

Après la Première Guerre mondiale, l’opposition à la colonisation reste marginale. Elle est incarnée par des anarchistes, le Parti communiste français et une poignée d’intellectuels et d’artistes.

L’union nationale
Après la Première Guerre mondiale, la droite conservatrice et monarchique se convertit progressivement à la « grandeur coloniale », alors qu’à gauche seuls le Parti communiste français (PCF), les anarchistes et quelques militants de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) ou de la Ligue des droits de l’homme (LDH) manifestent ponctuellement leur désaccord, aux côtés des surréalistes. Les frontières de l’empire stabilisées, celui-ci ne forme cependant pas un tout cohérent en matière d’administration, avec des statuts fort différents : mandats (comme au Cameroun), protectorats (comme au Maroc), départements (en Algérie), colonies (comme en AOF)… Le projet colonial est promu de manière permanente, afin de convaincre une opinion qui, majoritairement, s’en désintéresse. Mais l’appel à la révolte anticyclone du Komintern (URSS) et les déclarations de Thomas Wilson en faveur d’une Société des Nations où tous les États seraient égaux, questionnent la légitimité des politiques impériales.

Premières fêlures
C’est au moment où l’empire s’immisce dans le quotidien des Français que se manifestent les premiers soubresauts des luttes anticoloniales modernes, au Maroc avec la guerre du Rif mettant aux prises les armées française et espagnole contre les troupes d’Abd el-Krim (1921-1925), en Syrie et au Liban avec la poussée du nationalisme (tout au long des années 1920), en Indochine avec le soulèvement des tirailleurs de la garnison de Yen Bay dirigé par les communistes nationalistes du Parti national vietnamien (1930), en Algérie où les manifestations autonomistes succèdent aux grèves, sans compter les manifestations en Nouvelle-Calédonie, à Madagascar ou dans les colonies post-esclavagistes. En France, les grandes manifestations impériales et les revendications coloniales italiennes puis allemandes (1936-1939) sensibilisent l’opinion à l’intérêt du domaine colonial. Au début du second conflit mondial, la mobilisation de l’empire contre l’Allemagne nazie réalise « l’union sacrée » et met provisoirement en suspend les revendications anticoloniales issues des outre-mers.

À la recherche d’une politique coloniale
De 1919 à 1939, aucune réforme coloniale d’envergure n’est réalisée malgré les appels incessants à la « mise en valeur » ou les pressions de la Société des Nations contre le travail forcé. En 1937, le Front populaire met sur pied une commission d’enquête, dirigée par Henri Guernut, alors président de la Ligue des Droits de l’Homme, chargée d’établir un panorama de la situation de l’empire. Nonobstant des conclusions accablantes sur les conditions d’existence des « indigènes », le Front populaire renonce finalement à réformer la politique coloniale. En Algérie, les colons font pression et s’opposent violemment à la tentative de réforme dite « Blum-Viollette » (1936). Durant l’Occupation, le gouvernement de Vichy, dont les possessions impériales sont amputées dès la signature de l’Armistice (22 juin 1940) à la suite du ralliement de l’AEF à la France libre, et, en 1942, lors du débarquement des Alliés en Afrique du Nord, poursuit une politique impériale, à la fois paternaliste, technocratique et profondément ambivalente sur la question raciale.


1946 : Union française et départementalisation

La Seconde Guerre mondiale transforme en profondeur l’édifice colonial : fin des législations et pratiques d’exception, départementalisation des « vieilles colonies », création de l’Union française…

Le tournant
L’extension de la Seconde Guerre mondiale en Asie et en Afrique questionne le bien-fondé des puissances impériales européennes car les Allemands, les Italiens et les Japonais tentent de gagner les peuples colonisés à leur cause. Si certains mouvements anticolonialistes se laissent séduire par cette rhétorique, la plupart sont conscients de la politique raciste de ces nouveaux impérialistes. Leur participation à la libération de l’Europe est loin d’être négligeable, elle justifie la demande d’égalité qui mobilise une partie des peuples colonisés. Au lendemain de la guerre, le maintien du statu quo colonial n’est donc plus possible. La charte de l’Atlantique (1942), puis celle des Nations unies (1945) a inscrit comme droit fondamental le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » ; la condamnation du racisme est universelle et, en outre, l’URSS et les États-Unis imposent une pression constante aux puissances coloniales. Une question se pose à la France : que faire de l’empire colonial ? Néanmoins, les dirigeants français sont toujours réticents à accorder l’égalité aux peuples colonisés. Le débat est lancé entre les cinq cent quatre-vingt dix députés de l’Assemblée constituante, dont soixante-quatre représentent l’outre-mer, et au sein de la Commission des territoires d’outre-mer chargée de discuter de la création d’une Union française. Mais le projet de Constitution qui en sera le fruit sera rejeté lors du référendum du 5 mai 1946. La seconde Constituante présentera un texte moins innovant, et les élus des colonies feront campagne pour le non ou pour l’abstention au référendum du 13 octobre 1946. La Constitution est cependant adoptée avec, en préambule, une affirmation fondatrice — « La France forme avec les peuples d’outre-mer une union fondée sur l’égalité des droits et des devoirs » — qui est immédiatement altérée par une précision : « Fidèle à sa mission traditionnelle, elle entend conduire les peuples dont elle a pris la charge, à la liberté de s’administrer eux-mêmes et de gérer démocratiquement leurs propres affaires ». Malgré d’importantes réformes (fin du travail forcé, représentation élargie des colonisés), l’inégalité coloniale est maintenue.

La loi du 19 mars 1946
Le statut des quatre « vieilles colonies » (Guadeloupe, Martinique, La Réunion et Guyane française) est discuté par la même Commission des territoires d’outre-mer où les députés Aimé Césaire, Raymond Vergès, Léon de Lépervanche et Léopold Bissol défendent la revendication de départementalisation. Aimé Césaire fait le procès de trois siècles de colonisation et explique pourquoi ce statut, déjà discuté lors de la Révolution française, est le mieux à même de répondre aux problèmes de ces colonies. Ce que ces élus demandent, c’est l’application de la promesse de 1848 : l’égalité des droits. Le 19 mars 1946, la proposition de loi est adoptée à l’unanimité. Le tournant est historique.


1946-1962 : les décolonisations

La période voit se succéder des répressions sanglantes et deux guerres coloniales violentes, alors que, malgré un réel effort d’investissement de la métropole, les réformes politiques tardent à être mises en œuvre.

Une nouvelle ère commence
La Seconde Guerre mondiale a marqué une rupture historique. Le 8 mai 1945 est sans doute l’événement qui permet de comprendre le mieux la situation paradoxale de la France au lendemain du conflit mondial. Le jour de la victoire des forces alliées sur le nazisme, des émeutes éclatent à Sétif (Algérie), faisant plus d’une vingtaine de morts européens. D’autres soulèvements ont lieu, les jours suivants, à Guelma, Batna, Biskra et Kherrata. La répression est immédiate et brutale (plusieurs milliers de personnes sont tuées). Un an plus tard, la guerre d’Indochine, qui n’en finissait pas de commencer, atteint son point de non-retour avec l’insurrection d’Hanoi (19 décembre 1946) ; de mars 1947 à décembre 1948, Madagascar subit la répression française à la suite d’insurrections déclarées dans plusieurs lieux de l’île. C’est une répression policière et armée qui répond systématiquement à toutes les demandes de réformes des mouvements anticolonialistes aux quatre coins de l’Union française.

Des réformes limitées
Sur le plan politique, la conférence de Brazzaville (30 janvier-8 février 1944) a suscité bien des espoirs chez les colonisés. Mais le texte constitutionnel de la IVe République, finalement adopté en 1946, ne répond pas aux attentes des députés coloniaux : l’Union française semble n’être qu’un « replâtrage » des anciennes institutions coloniales. Elle maintient le principe de l’inégalité entre Européens et colonisés. Seule la départementalisation des « anciennes colonies » (loi de 1946) se veut la mise en œuvre d’un processus nouveau.
Une décennie plus tard, l’indépendance de l’Indochine (Vietnam, Laos et Cambodge en 1954) après la défaite de Diên Biên Phu, de la Tunisie et du Maroc (1956) scelle le sort de l’empire colonial français.

La guerre d’Algérie (1954-1962)
En cette fin des années 1950, pour la grande majorité des Français, imbibés consciemment ou non de « culture impériale », le domaine colonial constitue une réalité immuable. Cette fiction vacille avec le départ des appelés pour la guerre d’Algérie, la délocalisation du conflit en métropole par l’intermédiaire du Front de libération nationale (FLN) et le débat autour de la torture. Les réformes décisives engagées par Charles de Gaulle en 1958 en Algérie, à travers le plan de Constantine (suffrage universel, aides économiques…) arrivent trop tard, bien après celles engagées en AOF à l’issue de la loi-cadre du 19 juin 1956. Le système colonial s’est enferré dans ses propres contradictions et les chefs des gouvernements de la IVe République montreront souvent une lâcheté morale envers les colons (les « pieds-noirs » ou les « rapatriés » d’Indochine), les berçant d’illusions puis les abandonnant, sans parler de leur attitude envers les soldats coloniaux (à travers le drame des « harkis »). Et, plus que partout ailleurs, précisément parce que l’Algérie était la « colonie modèle », ces contradictions furent dévastatrices, déclenchant les prémices d’une guerre civile (avec l’Organisation armée secrète, OAS) mais aussi une vague de violences en métropole (comme le 17 octobre 1961 à Paris) et une guerre brutale en Algérie.


1962-2007 : les outre-mers

Répartis à travers le monde, les « outre-mers » présentent une diversité administrative, culturelle et économique souvent ignorée de la métropole.

Des statuts spécifiques
Les termes « outre-mer » ou DOM-TOM désignent des collectivités aux statuts variés et régies par le droit. Ces territoires se trouvent dans des aires culturelles différentes. Le 11 mars 2000, le président de la République Jacques Chirac reconnaît que « les statuts uniformes ont vécu et chaque collectivité d’outre-mer doit désormais, si elle le souhaite, évoluer vers un statut différencié ». Depuis la révision constitutionnelle de 2003, il existe quatre types de collectivités territoriales outre-mer, avec des statuts distincts : les départements et régions d’outre-mer (DOM-ROM), les collectivités d’outre-mer (COM), la collectivité de la Nouvelle-Calédonie, les Terres australes et antarctiques françaises. Au sein de l’Union européenne, on distingue les régions ultrapériphériques (RUP)— Martinique, Guadeloupe, Guyane et La Réunion — et les pays et territoires d’outre-mer associés à la communauté (PTOM).

Des sociétés diverses
Les outre-mers français présentent une très grande diversité historique et culturelle. Certains sont nés de la colonisation (La Réunion n’avait pas de population native) ; certaines îles ont connu deux siècles d’esclavage et un siècle de colonialisme (Martinique, Guadeloupe, Guyane et La Réunion) ; d’autres encore furent des espaces pénitentiaires (Guyane et Nouvelle-Calédonie) ou ont connu des essais nucléaires (Polynésie). Cette grande diversité rend impossible une image homogène des outre-mers français. Mais
ils ont un point commun : un passé de relations coloniales avec la France. Aujourd’hui, toutes ces sociétés connaissent des taux de chômage élevés, un faible développement d’industries adaptées aux mutations mondiales… Grèves, émeutes, crises, soulèvements, blocages démocratiques secouent ces espaces depuis quarante ans. Les mouvements autonomistes furent sévèrement réprimés dans les années 1960-1970, avant de s’inscrire dans la vie électorale, notamment aux Antilles et en Nouvelle-Calédonie, à La Réunion ou en Polynésie. En ce début du XXIe siècle, où la situation économique reste préoccupante, ces sociétés témoignent aussi d’un vrai dynamisme culturel, artistique et littéraire, proposent de nouvelles approches de la citoyenneté, et réclament que leur histoire soit reconnue et leur avenir débattu en commun.

Le statut de la Nouvelle-Calédonie
La Nouvelle-Calédonie a connu une succession de statuts lui reconnaissant un degré d’autonomie plus ou moins important (statuts Pons en 1984 et en 1986). En 1988, l’élection présidentielle coïncide avec les élections régionales instaurant un nouveau statut pour le territoire que rejettent les indépendantistes. Fin avril, l’attaque d’une gendarmerie par des indépendantistes débouche sur une prise d’otages. Devant la situation, le 5 mai 1988, le gouvernement Chirac déclenche l’opération « Victor » conduite par l’armée française et le GIGN. Les gendarmes sont libérés, mais dix-neuf preneurs d’otages et deux militaires sont tués. Après la victoire de François Mitterrand aux élections présidentielles en 1988, les accords de Matignon (26 juin 1988) sont signés entre l’État, le Rassemblement pour la Nouvelle-Calédonie dans la République (RPCR) et le Front de libération kanak et socialiste (FLNKS). Ils prévoient un référendum sur l’indépendance de la Calédonie ; mais il ne sera jamais organisé. En 1998, un nouvel accord, dit « de Nouméa », énonce le principe de reconnaissance de l’identité kanak et d’évolution vers l’autonomie de la collectivité territoriale.

Pour en savoir plus, référez-vous au livre dirigé par Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Françoise Vergès, La colonisation française, édité chez Milan, collection les Essentiels, Toulouse, 2007.

4 siècles d'histoire coloniale et post-coloniale
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