Tirailleurs d’Afrique. Des massacres de mai-juin 1940 à la Libération de 1944-1945 (histoire croisée et mémoire commune)

André Rakoto est directeur du service départemental de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre de Paris (ONAC-VG) depuis 2015. Il a tout d’abord été enseignant aux universités de Versailles puis de Créteil en tant que spécialiste des institutions militaires aux États-Unis. Il a ensuite rejoint le Service Historique de la Défense et s'est intéressé à la coopération internationale dans le cadre de l’histoire militaire. Il travaille principalement sur la place des Africains-Américains au sein de l’Armée américaine et de la Garde nationale. Il a participé en 2018 à l’organisation de l’exposition Soldats noirs. Troupes françaises et américaines dans les deux guerres mondiales, créée par le Groupe de recherche Achac.

Historien spécialiste de la colonisation, membre du laboratoire Communication et Politique (CNRS), Pascal Blanchard est co-directeur du Groupe de recherche Achac. Il a conçu différentes expositions sur l’histoire militaire et les troupes coloniales entre 2014 et 2018, à l’occasion du Centenaire de la Grande Guerre comme Présences maghrébines et orientales dans l’Armée française, Présence des Afriques, des Caraïbes et de l'océan Indien dans l’Armée française ou Les troupes coloniales françaises dans les deux guerres mondiales. Il a également co-réalisé pour toutes les chaînes de France Télévisions, en 2014-2015, avec Rachid Bouchareb la série Frères d’Armes. Ils se sont battus pour la France depuis plus d’un siècle.

 

Il y a tout juste quatre-vingts ans (mai-juin 1940), des soldats français et africains affrontaient côte à côte les armées allemandes dans une funeste bataille sur le sol de France. À une époque où le monde avait compris l’ignoble brutalité du nazisme mais ignorait encore son dessein génocidaire systématique et criminel, les tirailleurs africains, ainsi que leurs camarades français qui tentaient de les sauver, furent les victimes d’atrocités et de massacres racistes perpétrés de sang-froid par les troupes allemandes, encouragées par leurs chefs.

Quatre-vingts ans plus tard, nous formons le vœu qu'en levant le voile sur ces destins oubliés de notre histoire croisée, nous contribuerons à honorer la mémoire de ses tirailleurs d’Afrique, dont la remarquable combativité ne fit qu’attiser la haine de l’ennemi. À travers leur histoire, c’est une mémoire commune à la France et à l’Afrique que notre exposition met en lumière : celle du courage, de la dignité et de la fraternité. Il s’agit d’un formidable héritage qui unit à jamais la France et l’Afrique, un héritage que Français et Africains peuvent aujourd’hui revendiquer ensemble avec fierté.

 

André Rakoto 

Directeur du service départemental de l'ONAC-VG de Paris

 

 

Alors que cette année marque le 80e anniversaire des massacres perpétrés par les forces allemandes à l’encontre des soldats issus des troupes coloniales françaises en 1940, l’ONAC-VG, en partenariat avec le Groupe de recherche Achac, a développé cette exposition Tirailleurs d’Afrique. Des massacres de mai-juin 1940 à la Libération de 1944-1945 (histoire croisée et mémoire commune), retraçant l’histoire de la présence des soldats coloniaux dans les armées françaises afin d’honorer leur mémoire pour accompagner les commémorations de mai-juin 2020 et diffuser largement ce récit en 2020-2021 sur le territoire, notamment dans la perspective de la saison Africa2020 reportée pour le mois de décembre 2020 et qui se prolongera jusqu’au mois de juillet 2021.

Ce récit est à replacer dans la plus grande histoire de la colonisation européenne et plus particulièrement française. Dès le XVIe siècle, les premiers navigateurs européens abordant les côtes de l’ouest de l’Afrique y recrutent des « auxiliaires indigènes ». Au fil des années, la France étoffe ses troupes coloniales et, au XIXe siècle, elle se dote du second empire colonial au monde. Elle y recrute de nombreuses formations militaires indigènes. Aux côtés des troupes dites « de l’armée d’Afrique », composée de tirailleurs algériens et de zouaves, se développe une armée coloniale qui compte les unités créées d’abord au Sénégal en 1857 — les tirailleurs sénégalais —, puis à travers toute l’Afrique subsaharienne et, ensuite, en Indochine, à Madagascar, aux Comores, aux Antilles, en Guyane, à La Réunion, en Nouvelle-Calédonie, dans le Pacifique et à Pondichéry.

La France est la première des puissances européennes à engager ses troupes coloniales sur le sol du continent en 1870. Ces troupes seront également appelées à participer aux combats pendant la Grande Guerre et la Seconde Guerre mondiale (comme les troupes britanniques). Ce sont plusieurs centaines de milliers de soldats coloniaux qui viennent des quatre coins de l’Empire pour participer aux conflits européens.

La stigmatisation de ces soldats, en particulier celle de la célèbre Force noire, exacerbée par la propagande nazie, conduira à l’exécution sommaire de milliers de tirailleurs africains (et plusieurs Antillais) lors de la campagne de mai-juin 1940. Ces dramatiques événements, comme leur participation à la Grande Guerre ainsi que leur rôle dans la Libération de la France en 1944-1945 sont des moments majeurs de notre histoire commune récente (entre l’Europe et l’Afrique). Si la reconnaissance du sacrifice a été immédiate dans les armées, elle a ensuite été évacuée de la mémoire collective nationale. Aujourd’hui, monuments du souvenir, sites de mémoire, commémorations et cérémonies militaires tendent à imprégner le territoire national, pour corriger les oublis de l’histoire. Mais il est important de poursuivre ce travail d’histoire en transmettant au plus grand nombre ces événements en les replaçant dans la longue histoire des troupes issues des colonies.

C’est cette histoire que l’exposition pédagogique Tirailleurs d’Afrique. Des massacres de mai-juin 1940 à la Libération de 1944-1945 (histoire croisée et mémoire commune) s’attache à raconter en rappelant le souvenir de ceux qui se sont illustrés au service de la France, en lien étroits et complexes avec son histoire coloniale.

À travers douze panneaux, elle raconte l’histoire des soldats d’Afrique, de la constitution des premières troupes en 1830 et des massacres de 1940 jusqu’aux lieux de mémoire et aux commémorations de 2020. Chaque panneau reprend ainsi des épisodes particuliers et des destins individuels, des cartes inédites retraçant la présence des frontstalags (camps d’internements allemands pour les soldats coloniaux) ainsi que les lieux de massacres et lieux de mémoires viennent accompagner ces récits, afin de rendre hommage aux combattants qui se sont illustrés au cours de ces événements.

Découvrez cette exposition en avant-première sur le site internet du Groupe de recherche Achac ainsi que sur les réseaux sociaux le 24 mai 2020, date symbolique de commémoration du premier massacre perpétré par les Allemands contre des troupes d’origines africaines le 24 mai 1940, à Aubigny dans la Somme.

 

Pascal Blanchard

Co-directeur du Groupe de recherche Achac

 

 

Sommaire de l’exposition

 

1 I Introduction : Tirailleurs d’Afrique

2 I 1841-1900 : Aux origines des troupes des colonies

3 I 1900-1914 : La Force noire et la Première Guerre mondiale

4 I 1915-1924 : Des tranchées à l’occupation de la Ruhr

5 I 1939-1940 : La « Drôle de guerre » et les premiers combats

6 I Les évènements de mai-juin 1940 : les massacres         

7 I 1940-1945 : Chasselay, lieux et mémoriaux

8 I 1940-1942 : Frontstalags : les prisonniers des colonies en France

9 I 1940-1944 : La France libre, les premiers combats et la fin des camps de prisonniers

10 I 1944-1945 : Du débarquement à la Libération de la France

11 I 1944-1947 : Démobilisations, répression et conflits coloniaux

12 I 1960-2020 : Le temps de la mémoire et des commémorations