Expositions

Le premier empire colonial (1534-1763)

« Ce négoce démontre notre supériorité ; celui qui se donne un maître était né pour en avoir. »

Voltaire, Essai sur les moeurs et l’esprit des nations (1753)

Alors que l’installation des grandes puissances occidentales en Amérique, Afrique, Asie et Océanie s’apprête à bouleverser l’organisation du monde, la France bâtit son empire colonial à partir des voyages de Jacques Cartier au Canada (1534-1542), et le développe avec l’occupation de la Martinique (1635), du Sénégal (1659), des îles Mascareignes (1642) et par la mise en place des premiers comptoirs de commerce en Inde au siècle suivant. En 1664, la création de la Compagnie des Indes orientales par Colbert dote la France d’un outil puissant de commerce et d’échanges, pour valoriser ces possessions ultramarines. Le domaine colonial de la France continue de s’étendre jusqu’à la fin du XVIIe siècle avec la Guyane (1677), la Louisiane (1682) et Saint-Domingue (1697). L’organisation du commerce colonial, au cours de ce long siècle d’expansion, met en place la « spécialisation » des activités économiques ainsi qu’un protectionnisme qui lie étroitement et graduellement la colonie à la métropole.

À partir de ce tournant décisif, la France s’engage dans la traite des Africains (1673) pour fournir en main-d’oeuvre les plantations de canne à sucre des Amériques. La hiérarchisation selon la couleur de peau, justifiée notamment par la référence biblique à la malédiction de Cham, s’impose dans les esprits, les imaginaires et dans le droit avec le code noir, promulgué en 1685, qui vient préciser le statut civil et pénal des esclaves. L’asservissement est légitimé par le fait que les Africains sont présentés dans les arts et la culture populaire comme des « sauvages » en état d’infériorité intellectuelle et l’Afrique subsaharienne comme un continent inorganisé, en dehors de l’Histoire. L’image insiste alors sur l’altérité des Africains en caricaturant à l’extrême les caractéristiques physiques pour les rendre monstrueuses et animales. Dans le même temps, se développe la représentation rousseauiste du « bon sauvage » qui insiste sur l’« innocence » de ces peuples, les récits de voyage en Polynésie de Louis-Antoine de Bougainville en étant un des exemples les plus connus. La guerre de Sept Ans (1756-1763) met un frein aux ambitions coloniales de la France. Elle se solde par la perte de la majorité des établissements nord-américains et indiens que la France avait conquis en deux cent cinquante ans d’expansion coloniale et, en 1769, par la fin du monopole de la Compagnie des Indes orientales. Le premier empire colonial français prend fin.


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