Marseille-Provence, porte des Suds (1906-2010)

Cette exposition offre un récit exceptionnel sur un siècle d’histoire coloniale et d’immigration à Marseille et en Provence et sur les différents flux migratoires qui, génération après génération, ont façonné l’histoire de la région et de ses départements. Cette exposition s’appuie sur l’ouvrage Marseille, porte Sud, recueil de nombreux textes et images, témoignage sur la relation à l’Empire colonial et l’immigration des Suds. À travers douze panneaux, couvrant une période de plus d’un siècle depuis 1906, l’exposition Marseille/Provence, portes des Suds se veut un témoin riche et complémentaire de l’ouvrage. Marseille et sa région représentent une mémoire méditerranéenne marquée par son flux de migrations unique en raison de sa position géographique et de son port ouvert sur le monde, tout comme les ports de Port-Vendres et Cette (aujourd’hui Sète), carrefour entre l’Orient et l’Occident. L’Exposition coloniale de 1906, qui baptise Marseille « capitale d’empire », annonce le début d’une immigration en plein essor. L’entrée dans la Grande Guerre marque le début d’un flux ininterrompu de soldats et de travailleurs venus d’outre-mer, d’Indochine et d’Afrique du Nord ; cette immigration coloniale est présente sur toute la Provence et une partie de la Côte d’Azur. De Fréjus jusqu’en Arles, les troupes coloniales sont partout.

À travers l’Exposition coloniale de 1922, la population locale est invitée à découvrir les palais coloniaux et ses populations « indigènes ». Le « rêve colonial » marseillais va s’évanouir laissant place à la récession économique et à un nouveau conflit. La Seconde Guerre mondiale provoque un profond déséquilibre, Marseille est dépassée par les nouveaux migrants qui arrivent dans son port. Déjà ville-refuge avant la guerre, elle accueille les exilés politiques allemands, les juifs pourchassés et autres réfugiés. La reprise économique d’après-guerre induit de nouveaux besoins en main-d’œuvre : Algériens, Tunisiens et Marocains vont fournir le gros des effectifs, d’autant que la guerre d’Algérie se prolonge. C’est dans ce contexte que la fin de l’Empire s’annonce laissant place à l’exode des harkis et des pieds-noirs.

Dans le Marseille où vivent les migrants, culture et émancipation sont les maîtres mots ; la crise de l’immigration prend racine dans les années 70, et la vague de crimes marque ces années d’un racisme violent. Des camps aux bidonvilles, des cités de transit aux cités HLM, Marseille a toujours construit un univers urbain sous la contrainte des flux migratoires. Autre conséquence de cette crise, l’émergence d’une contre-culture urbaine qui puise son inspiration dans ce rapport complexe à l’immigration et dans ce refus d’acceptation de l’apport des « Suds » dans l’identité locale. Ironie du sort, le Sud-Est rayonne aujourd’hui et impose ses particularismes grâce à cette contre-culture. Enfin, le débat sur « Marseille, modèle d’intégration » occupe toujours les esprits : plus de la moitié de sa population étant originaire des Suds.

 


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