Memoire Combattantes

Expositions

FANTASMES

« La très chère était nue, et connaissant mon cœur
Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores
Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur
Qu’ont dans les jours heureux, les esclaves des mores. »

Charles Baudelaire

Érotisme colonial et pornographie

De la mise en scène érotique à la production pornographique, en passant par les photographies souvent humiliantes réalisées par les colons eux-mêmes, les fantasmes projetés sur les « Indigènes » sont notamment fondés sur leur supposée sensualité atavique et sur l’objectivation de leurs corps prétendument offerts aux désirs des Occidentaux. Alors que Paris devient, à la fin du XIXe siècle, le pivot de la production visuelle érotique et pornographique européenne, se développent des techniques industrielles qui permettent de produire, en grande quantité et à moindre coût, des clichés photographiques.
De nombreux photographes sont alors envoyés dans les colonies ou s’y installent pour produire des images dont certaines sont destinées à alimenter un marché éroticopornographique florissant. François-Edmond Fortier au Sénégal, Pierre-Marie Dieulefils au Vietnam ou bien encore Rudolf Lehnert et Ernst Landrock en Tunisie et en Égypte, ont ainsi contribué à façonner cette imagerie : le voyageur européen se rend alors aux colonies, persuadé d’y retrouver ces scènes.
À la même époque, les récits d’écrivains comme Oscar Wilde ou André Gide, décrivant leurs expériences homosexuelles dans les colonies – où le second est « initié » par le premier à « la sexualité avec des Arabes » – participent largement à la construction d’un imaginaire homosensuel « exotique ». Ces images et ces imaginaires, hétérosexuels et homosexuels, sont, sous des formes renouvelées, constamment transposés : « Asiatiques », « Beurs », « Blacks », « Muslims » sont ainsi devenus des « catégories sexuelles » à part entière de la culture pornographique du XXIe siècle.



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