Memoire Combattantes

Evénements

« La mélodie déchaînée de l’Empire américain : le “Hootchy-Kootchy”, Sol Bloom et l’histoire des désirs impériaux lors des expositions universelles américaines » (pp.431-439)

Par Robert W. Rydell, historien, chercheur indépendant, spécialiste de l’histoire de l’Indochine, de la littérature coloniale et de la propagande coloniale française, cet article retrace le parcours de Sol Bloom, propriétaire de la concession du village algérien à la foire de Chicago et inventeur du « Hootchy-kootchy », une chanson à succès qui accompagnait les représentations stéréotypées des danseuses du ventre dans les spectacles ethnographiques. Par son ascension sociale exceptionnelle, Sol Bloom incarne, à sa manière, le rêve américain, mais Il est aussi un des artisans de la diffusion de l’idéologie raciale dans la société américaine.

« Mother Queen of Hip-Hop ? » (pp.471-480)

Par Christian Béthune, cet article s’intéresse au blues et au Hip-Hop comme vecteurs d’expression d’un féminisme noire aux États-Unis au cours du XXe siècle. Par un effet de retournement du stigmate, les « Babylon girls » ont exalté, dans leurs chansons, une sexualité luxuriante et, ainsi, proclamé leur droit à disposer de leur propre.

« Stéréotypes raciaux et sexuels de l’anthropologie physique en France au XIXe siècle » (pp.245-255)

Dans cet article, Martial Guédron montre comment certaines théories scientifiques racistes du XIXe siècle, notamment celles afférentes aux liens supposés entre la physionomie des organes sexuels et l’intelligence, ont eu pour conséquence de placer le « noir » au plus bas de l’échelle raciale, et de faire apparaître le « blanc » en porteur de civilisation, d’ordre moral et de bonheur.

« Disposer des corps : contrôler, surveiller et punir » (pp.267-279)

« Disposer des corps : contrôler, surveiller et punir » dresse un panorama des dispositifs politiques et juridiques d’accaparement et d’asservissement des corps racisés pendant la période coloniale du XIXe siècle. Les auteurs rappellent, par ailleurs, que le sexe est intimement lié aux processus de domination coloniale, car il s’agit à la fois de castrer,  en pratique ou symboliquement, les hommes racisés – perçus comme de potentiels rivaux sexuels – et de posséder sexuellement les femmes racisées pour mieux signifier leur subalternité.

« Violences sexuelles au temps des décolonisations » (pp.363-374)

« Violences sexuelles au temps des décolonisations », par Nicolas Bancel et Alain Ruscio, analyse le phénomène des viols individuels et collectifs en tant qu’armes de guerre à part entière, particulièrement répandues et banalisées lors des derniers feux de l’Empire.

« Les médecins français et le “sexe des Noir.e.s” » (pp.256-267)

Par Delphine Peiretti-Courtis, cet article montre comment les institutions médicales et anthropologiques françaises ont produit et diffusé des stéréotypes raciaux sur la prétendue « hypertrophie » des organes génitaux des femmes et hommes noirs. Subséquemment, cette « difformité » s’est vue associée à une primauté des instincts naturels sur la raison et a servi de justification au projet de colonisation et de « civillisation » des peuples africains.

« La Clinique de la race : la sexualité morbide au cœur de l’idéologie esclavagiste » (pp.237-244)

Par Elsa Dorlin, cet article s’intéresse à la médecine comme institution centrale de la traite négrière. L’auteure insiste particulièrement sur la création, au XVIIe siècle, d’une nosologie établissant des prédispositions physiopathologiques spécifiques aux esclaves noir.e.s. Ainsi en est-il de l’hystérie, de la nymphomanie ou du marronnage, perçu comme une forme singulière de mélancolie. L’émergence d’une telle nosologie se trouve aux sources du concept moderne de « race » car elle postule l’existence des différences biologiques entre les populations noires et blanches.

« Féminiser les vaincus, viriliser les vainqueurs : imaginaires sexuels coloniaux et postcoloniaux au Paraguay (XVIe-XXe siècles) » (pp.227-235)

Par Capucine Boidin, cet article montre comment le récit national paraguayen place au fondement de son peuple un couple mythique composé d’une femme indienne “vaincue” mais dépositaire des traditions, et d’un homme européen “vainqueur”, garant du progrès économique et social. Cette représentation racialisée et sexualisée des origines de la nation paraguayenne va de pair avec une oblitération de la femme allochtone, reléguée aux oubliettes de l’histoire coloniale, et de l’homme autochtone, envisagé comme “toujours mourant”.

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