Expositions

Une organisation du monde : le temps des expositions universelles / De Londres 1851 à San Francisco 1915

« Jamais les naturels n’ont été plus palpés, manipulé, examinés de leur vie »

Henry de Varigny, La Nature (1889)

La première exposition universelle a lieu à Londres, en 1851. Mais il faut attendre l’Exposition universelle de Paris de 1867 pour voir apparaître (fort discrètement) des pavillons dans lesquels des hommes et des femmes, en habits traditionnels, sont présents. Le succès est immédiat. Le modèle se développe avec l’exposition du Centenaire de Philadelphie en 1876, puis avec celle de Paris en 1878 et l’Exposition coloniale d’Amsterdam en 1883, avant de se fixer de façon permanente à partir de l’Exposition universelle de 1889 à Paris, tournant symbolique concrétisé par l’apparition de la première « rue du Caire » et la présence de six villages coloniaux. La Chicago World’s Columbian Exposition (1893), avec ses palais de la « Civilisation », sa grande roue, et son parcours présentant les prétendues « races » de la Terre selon leur niveau d’« avancement », fait l’admiration des visiteurs. La Suisse intègre ce processus dès 1896 avec l’Exposition nationale de Genève et son « village nègre » aux côtés du « village suisse ». L’exposition de Bruxelles en 1897 (après Palerme en 1891, Anvers en 1894 et Barcelone en 1896), qui installe sa section coloniale à Tervuren, annonce de nouvelles formes de mises en scène du « sauvage congolais ».

En Grande-Bretagne, le rôle attribué à l’Empire s’accroît et connaît son apogée au tournant du siècle sous l’impulsion de scénographes comme Imre Kiralfy et dans le cadre de la Greater Britain Exhibition de 1899. Un an plus tard, l’exposition de Paris en 1900 fait découvrir spahis et danseurs cambodgiens à cinquante millions de visiteurs, et celle de Saint-Louis en 1904, dont l’organisation tourne entièrement autour de la thématique anthropologique, présente un village philippin de près de vingt hectares peuplé de plus de mille deux cents figurants. Si la mise en scène du « sauvage » se poursuit jusqu’à la Grande Guerre (1914), à Liège en 1905, à Milan en 1906, à Bruxelles en 1910, à Gand en 1913 et enfin à San Francisco en 1915, c’est bien au cours de ces trois décennies (1885-1915) que la présence des mondes coloniaux a constitué une part essentielle du décorum des expositions.

 

Focus 1 : Irme Kiralfy

A la fin du XIXème siècle, ce danseur, chorégraphe, impresario, originaire d’Europe centrale, s’associe au célèbre Barnum pour créer une série de spectacles à Londres. En charge des organisations des plus grandes expositions britanniques, entre 1899 et 1918, il reste l’organisateur des représentations scéniques les plus élaborées de l’époque autour des mondes coloniaux et exotiques et devient le metteur en scène de l’empire britannique.

 

Focus 2 : Les Jeux anthropologiques de Saint-Louis (1904)

L’Exposition universelle de Saint-Louis de 1904 se déroule en parallèle des Jeux olympiques. Mais il est alors interdit aux « personnes de couleurs non-blanche » de concourir avec des Blancs. Les anthropologues ont, en outre, l’idée raciste d’organiser des « Journée anthropologiques » destinées aux « représentants des tribus sauvages et non civilisées », exhibés dans les pavillons anthropologiques. La plupart des « participants » ne remportent que les analyses des savants confirmant leur « infériorité raciale ».

 


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