Expositions

Guerres de mémoire & passé colonial

Depuis les indépendances, les mémoires coloniales s’affirment en France et s’opposent, soulignant les héritages d’un passé « qui ne passe pas ». Six décennies après la défaite de Diên Biên Phu et le début de la guerre d’Algérie (1954), et après deux ans de débats parlementaires, le Parlement français affirmait dans le cadre de l’article 1 de la loi du 23 février 2005 que « La nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l’oeuvre accomplie par la France dans les anciens départements français ». Ce texte montre l’importance de l’enjeu mémoriel autour de l’histoire coloniale et la difficulté à assumer le passé pour construire une mémoire collective apaisée. Les commémorations et décisions politiques se succèdent, sans forcément s’inscrire dans une dynamique cohérente, et beaucoup évoquent une supposée « repentance » dès qu’une lecture critique de ce passé émerge. En 1996, le président de la République rend hommage à l’oeuvre coloniale de la France et, dix ans plus tard, il préside, dans les jardins du Luxembourg, la première commémoration nationale de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions dans le prolongement de la Loi Taubira de 2001 ; en 2005, l’ambassadeur de France reconnaît que les massacres de mai 1945 dans le Constantinois (Algérie) étaient « inexcusables » mais, dans le même temps, les projets d’édifices mémoriaux et de lois nostalgiques souhaitent rendre hommage à l’« oeuvre coloniale ».

Tout au long de ces années, les projets de musées se neutralisaient, au point que la France est l’un des rares pays ayant eu un empire colonial qui soit incapable de bâtir un musée sur ces quatre siècles d’histoire coloniale. Seules quelques expositions ont invité le public français à s’interroger : Coloniales. 1920-1940 (1989), Aux colonies (1991), La France en guerre d’Algérie (1992), Négripub (1992), Images et Colonies (1993), Exhibitions. L’Invention du Sauvage (2011-2012), Algérie. 1830-1962 (2012), Indochine. Des territoires et des hommes (2014)… Cette difficulté à faire surgir une mémoire et une histoire coloniales partagées relève probablement de plusieurs facteurs : d’une part, le simple travail du temps, ce fameux « travail de deuil », n’a pas fait complètement son oeuvre ; d’autre part, la présence de mémoires contradictoires coexiste avec la manipulation politique des nostalgies coloniales (la « repentance »), la focalisation sur la guerre d’Algérie ou l’esclavage (les « réparations »), alors que les immigrations postcoloniales transposent les conflits d’hier dans les enjeux identitaires d’aujourd’hui.


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