Masque Baga de Guinée, XXe siècle (© Musée du quai Branly)

L’Afrique des routes au musée du quai Branly en 2017

Catherine Coquery-Vidrovitch est historienne, spécialiste de l’Afrique et professeur émérite de l’université Paris Diderot-Paris VII. Ses principaux thèmes de recherche sont l’Afrique, les enjeux politiques de la colonisation et le concept d’impérialisme. Elle est conseillère scientifique de l’exposition L’Afrique des Routes, dont le commissariat est assuré par Gaëlle Beaujean, responsable des collections Afrique au musée du quai Branly-Jacques Chirac.

 

Le musée du quai Branly-Jacques Chirac accueille, du 31 janvier au 19 novembre 2017, une exposition ambitieuse, L’Afrique des Routes, qui évoque, à l’aide de 350 œuvres et documents, le rôle mondial de l’Afrique des origines à nos jours. De la Chine aux Amériques en passant par l’Inde, l’Indonésie, le monde arabo-musulman et l’Europe, routes commerciales, routes jalonnées de villes, routes spirituelles et religieuses, routes des formes, routes coloniales, routes des objets, c’est l’évocation d’un continent au cœur de l’histoire globale, qui démontre la mobilité et l’ouverture des Africains tout au long de leur histoire. Le mythe des « arts premiers » et de l’Afrique « continent sans histoire » est révolu.

Contrairement aux idées reçues, l’Afrique a toujours été un continent ouvert. Cela est démontré par la circulation des objets autant que des hommes, de leurs langues, de leur culture. L’exposition inclut des éléments majeurs de ces rencontres et nombreux sont les indices d’une vie incessante de relation : l’arrivée des langues afro-asiatiques ; les creusets que furent les espaces égyptien ou punique/carthaginois ; l’expansion des peuples de langues bantoues ; les échanges de plantes vers et depuis l’Afrique ; l’utilisation du dromadaire (avec les Romains, autour du Ier siècle de notre ère) qui transforma l’espace transsaharien ; les échanges religieux dont l’arrivée de l’islam en Afrique de l’ouest et sur la côte orientale (à partir des VIIe–Xe siècles) ; l’influence perse en Afrique orientale (1er– VIe siècles) ; l’essor du monde de l’Océan Indien et le rôle de l’or de Zimbabwe et des expéditions chinoises (Xe–XVe siècles) ; les routes de l’or qui déterminèrent « les siècles d’or » de l’Afrique occidentale dans la même période ; la présence de l’ivoire très précoce hors Afrique (déjà à Rome et dans l’Europe médiévale), et exponentielle à partir du XVIIIe siècle sur les marchés européen et asiatique ; la circulation ancienne des cauris (coquillages-monnaie) des îles Maldives en Afrique sahélienne occidentale.

Les routes ne firent que s’amplifier avec l’essor des traites d’esclaves, puis la culture atlantique, l’influence chrétienne, l’intrusion du capitalisme européen... L’exposition entend aussi souligner le rôle de diffusion de savoirs et de cultures joué par les esclaves dans le reste du monde ; enfin, survient la rupture provoquée par l’invention des routes coloniales, qui bouleverse à nouveau les sociétés. Un colloque sur Les mondialisations africaines dans l’histoire le précisera les 20 et 21 avril 2017, et un cycle de neuf conférences mensuelles au fil de l’année, pour accompagner cette exposition-événement.