Henri Gouraud, photographies d’Afrique et d’Orient

Julie d’Andurain est agrégée et docteur HDR en histoire. Chargée de cours en Sorbonne et directrice des études du Pôle Études et Prospective du CDEC (École militaire), elle travaille depuis plusieurs années sur le fonds privé du général Henri Gouraud, fonds gigantesque de plus de 200 cartons d’archives et contenant plus de 10.000 photographies. Ses travaux de recherches la portent à étudier le colonialisme. Elle a déjà publié La Capture de Samory (1898). L’achèvement de la conquête de l’Afrique de l’Ouest, Saint-Cloud, Soteca, 2012. Elle revient, ici, sur son dernier livre Henri Gouraud. Photographies d’Afrique et d’Orient. Trésors des archives du Quai d'Orsay qui vient de paraître, en janvier 2017, aux Éditions Pierre de Taillac/Archives diplomatiques.

 

S’il fallait résumer la carrière exceptionnelle d’Henri Gouraud (1867-1946) en quelques lignes, on pourrait dire qu’il fut le modèle achevé de l’officier-diplomate tel que la République française savait le faire au tournant du XXe siècle. Officier métropolitain devenu colonial par amour pour l’Afrique, il est contemporain de Gallieni, Lyautey, Archinard, Brazza, Joffre, Mangin… Comme eux, il a connu une vie très intense faite de voyages et de rencontres, de combats et de traités de paix. Il a aussi été un collectionneur de papiers et de photographies, léguant à la postérité des milliers de documents.

Fils d’un médecin, ce jeune parisien commence sa carrière comme saint-cyrien en 1890. À 26 ans, rêvant de grands espaces et d’aventures, il fait le choix de partir en Afrique. Là, tout en apprenant à vivre dans la brousse, il devient explorateur dans une Afrique de l’Ouest encore largement méconnue, administrateur de territoires grands comme plusieurs départements, puis conquérant de l’un des derniers grands chefs africains avec une économie de moyens largement saluée : avec moins de 200 hommes, il arrive à capturer, sans aucune effusion de sang, l’almamy Samory qui pousse devant lui plus de 100.000 personnes (1898).

 À peine nommé chef de bataillon, il est envoyé prendre le commandement d’un territoire absolument désertique au Tchad. Menant une vie d’ascète, il se révèle un excellent « bledard ». Il est donc choisi pour prendre le commandement de la colonne de l’Adrar chargée de conquérir la Mauritanie, plaque tournante de la contrebande d’armes. Apprenant la tactique du rezzou et du contre-rezzou, sachant rallier à lui les chefs des zaouïas maures, il «pacifie» le pays en quelques mois. Le général Lyautey appelle au Maroc ce fringant colonel dont on dit qu’il a la « baraka ». Dès 1912, il en fait un général à qui il confie l’administration de la région de Fès. Par le combat de la montagne des Tsouls (mai 1914), il réussit à réunir les « deux Maroc » autrement dit à relier en un seul bloc l’ensemble de l’Afrique du nord.

Le général Gouraud fait donc figure de général confirmé quand il entre en guerre en métropole en 1914. On lui confie volontiers des troupes coloniales ou des étrangers (les Garibaldiens, des Russes, puis la Rainbow Division américaine). Il ne manque pas de s’exposer au point d’être blessé légèrement en Argonne, plus gravement aux Dardanelles en 1915. Amputé du bras droit, il obtient le droit de saluer de la main gauche, dessinant ainsi une « silhouette légendaire ». Mais c’est comme commandant en chef de la IVe armée qu’il s’illustre surtout, le 15 juillet 1918, en arrêtant la grande offensive du général Ludendorff et en permettant la reprise de la guerre de mouvement qui mène à la victoire.

« Libérateur » de Strasbourg en novembre 1918, il est envoyé en Syrie dès 1919 sur la volonté du « parti colonial ». Chargé d’établir la paix, il lutte contre Fayçal, fils du chérif de La Mecque, à qui il reproche de se laisser déborder par ses extrêmes, mais il négocie avec Mustafa Kemal, endossant ainsi un rôle de diplomate qu’il ne va plus quitter. Devenu gouverneur militaire de Paris en 1923, il devient le grand représentant de l’armée française à l’étranger, en particulier aux États-Unis durant l’entre-deux-guerres. Il meurt en 1946 et est inhumé à Navarin en Champagne en 1948, auprès de ses soldats de la Grande Guerre.

Ce livre retrace donc une carrière qui paraît aujourd’hui assez exceptionnelle. Elle n’est en réalité que le reflet photographique de l’histoire d’un pays qui voulait réunir d’un même tenant l’Afrique noire à l’Afrique du nord et au monde arabe.