Les Guadeloupéens

Caroline Bourgine dédie sa vie professionnelle depuis trente ans aux cultures du monde, à la diversité de leurs expressions, à travers le journalisme (RFI, France Culture, France Musique, France Inter…), la production artistique de disques et à la rédaction de nombreux articles et livrets.  Les Guadeloupéens (Alteliers Henry Dougier, 2016) est un livre qui vient ajouter une contribution et un engagement sur les valeurs de la créolité.

 Soucieux de donner une visibilité du peuple de l’archipel de la Guadeloupe, cet essai s’inscrit dans une collection conçue pour que toutes les sociétés se racontent. Mis en scène par des entretiens et des témoignages, ce livre permet d’aborder les origines mythologiques et historiques, les appartenances géographiques, l’esclavage, la colonisation, la décolonisation, la départementalisation, l’invention du créole, le rôle et la place des femmes, les nombreux combats politiques et culturels, religieux, tels qu’un peuple l’exprime en « nou mém ». Les populations amérindiennes, européennes, africaines, asiatiques, incarnées par des histoires personnelles et collectives, ouvrent ainsi sur des interrogations, des passions, des engagements, partagés par les générations qui, depuis 1981, vivent leur « ici-dans » en Guadeloupe.

Dans cette grande enquête tissée de personnalités fortes, connues et reconnues, nous retrouvons des anonymes, artistes, architectes, chercheurs, écrivains à l’exemple de Simone Schwarz-Bart ou Hector Poullet, qui pensent qu’« ici, tout est porteur de fictions, de rêves et d’imaginaires », que la nature gouverne plus sûrement que les hommes,  sur une île tellurique où la terre est à même de trembler et de cracher du feu.

Les Guadeloupéens inscrits et « charroyés » dans une histoire comptable d’inhumanité et d’humanité  étaient estimés au dernier recensement à 470 000 personnes, soit autant vivant dans l’hexagone. Ce distinguo entraîne tout un fonctionnement relevant de l’éducation, de la santé, de l’environnement, de la circulation et de la mobilité des personnes, tant hier qu'aujourd’hui.

Comment expliquer les effets du Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’Outre-mer, le Bumidom ? Comment comprendre le coût de la vie, d’un archipel qui relève d’une région ultrapériphérique européenne ? Les caractéristiques de sa biodiversité ? De l’« agir » localement et globalement ? Pour faire le point et varier les focales, peintres et musiciens, architectes, chercheurs et philosophes vivant dans l’archipel, décryptent, face aux incertitudes et à l’absurdité des clichés, ce pays désorganisé, ultra consommateur, endetté, qui subit le quasi monopole d’une poignée de familles possédant tous les moyens de contrôle de ce qui entre et ce qui sort .

Les Guadeloupéens est un livre qui s’inscrit dans les prochains défis mondiaux à relever de la Caraïbe : une mosaïque concentrée de tous les particularismes, traits d’union entre les Amériques et l’Europe, porteurs et acteurs de la créolisation en marche.