Affiche de l'exposition Artist & Empire, Facing Britain’s Imperial Past, Tate Britain de Londres.

Artist & Empire, Facing Britain’s Imperial Past

Éric Deroo, historien et chercheur associé au Laboratoire Anthropologie bioculturelle (CNRS), revient sur le « fait colonial » à l'occasion de l'exposition Artist & Empire, Facing Britain’s Imperial Past présentée à la Tate Britain de Londres, du 25 octobre 2015 au 10 avril 2016. Cette exposition expose le regard de l'artiste vis-à-vis des conquêtes, des guerres ou de l'esclavage dans l'empire britannique.

Rendre compte de la complexité du fait colonial à travers une exposition d’œuvres d’art originales reste un exercice difficile. Plusieurs institutions culturelles ont néanmoins relevé le défi. Comme le Musée des années 30 en 1989 avec l'exposition Coloniales, ou en 2011-2012, l’exposition Exhibitions, l’invention du Sauvage au musée du quai Branly qui en porte toutes les équivoques et toutes les difficultés pour « représenter » ce passé. En effet comment éviter l’anachronisme et le « politically correct », préserver le statut d’œuvre, faire coexister licence poétique de l’auteur, discours et perceptions dominants du temps et ceux du spectateur contemporain ? Aujourd'hui, la Tate Britain essaie d’y répondre en abordant sept grands thèmes, répartis sur six salles : Mapping and Marking (Cartographier et Délimiter), Trophies of Empire (Trophées d’Empire), Imperial Heroics (Héroïsme impérial), Power Dressing (Pouvoir des tenues), Face to Face (Face à Face), Out of Empire (En dehors de l’Empire) et Legacies of Empire (Legs de l’Empire).

Du XVIIIe siècle à nos jours, s’appuyant sur des cartes, des peintures, des gouaches, des aquarelles…  des carnets de croquis, des photographies, des sculptures ou encore quelques objets de collectes, chacune des pièces présentées tente d’aborder l’altérité, la quête scientifique,  l’attrait pour l’exotisme, la fabrication du discours impérial, les échanges et influences dans les représentations entre colonisateurs et colonisés, tout en les soumettant à une lecture idéologique nivelante et lourde dont témoigne le livret distribué ou le catalogue.

Mais dans ce parcours, aucune place n’est laissée à l’imagination du visiteur, à sa propre perception, au regard critique. Le contexte local et mondial, la perspective historique et géographique, les influences sociales et culturelles manquent pour permettre  d’apprécier l’œuvre exposée dans toutes ses fonctions. Ainsi, présenter des statuettes, dites aujourd’hui « colons », pour illustrer les avatars du regard croisé entre « eux et nous » constituait un bon support ; encore aurait-il fallu en restituer la chronique. Figurations des premiers Européens débarqués puis commandes excentriques de ces derniers et pour terminer, commerce à usage touristique et local, sujet et objet finissant par se confondre. Les deux derniers thèmes traités, consacrés à la création artistique à la veille et depuis les indépendances « ici et là-bas », reviennent sans convaincre sur le vieux débat entre dimension intemporelle, universelle de l’art et souci d’authenticité et de différenciations postcoloniales.

Que conclure, si ce n’est espérer qu’un jour le spectateur soit considéré comme participant des mécanismes de l’œuvre, lui laissant la liberté de son regard, de sa lecture tant une composition, de quelque nature qu’elle fut, n’est pas réductible  à un slogan, à un air du temps…