Memoire Combattantes

Dossier de presse

Introduction : Sexualités, identités & corps colonisés. « Des imaginaires coloniaux aux héritages postcoloniaux »

 

Chaque semaine en 2020, le Groupe de recherche Achac, en partenariat avec CNRS Éditions et les Éditions La Découverte, vous propose un article du livre Sexualités, identités et corps colonisés en open source. L’objectif, ici, est de participer à une plus large diffusion des savoirs à destination de tous les publics. Les 45 contributions seront disponibles pendant toute l’année 2020 sur le site du Groupe de recherche Achac.

Découvrez, ici, l’introduction collective Sexualités, identités et corps colonisés. Des imaginaires coloniaux aux héritages postcoloniaux. Cet article a pour vocation de présenter, ici, les grands axes de l’ouvrage Sexualités, identités & corps colonisés (CNRS Éditions, 2019), les motivations et ambitions qui président à l’écriture de cet ouvrage ainsi que la construction d’un nouvel horizon d’études à la croisée de l’histoire des représentations et de l’histoire de la sexualité en contexte colonial et postcolonial.

Il est signé de Gilles Boëtsch, anthropobiologiste, directeur émérite au CNRS, membre de l’UMI Environnement, Santé, Sociétés à Dakar (Sénégal) ; Nicolas Bancel, historien, professeur ordinaire à l’Université de Lausanne, codirecteur du Groupe de recherche Achac ; Pascal Blanchard, historien, chercheur au CNRS, également codirecteur du Groupe de recherche Achac ; Christelle Taraud, historienne, enseignante dans les programmes parisiens de Columbia University et de New York University, membre associé du Centre d’histoire du XIXe siècle des Universités Paris I et Paris IV ; Dominic Thomas, professeur  en littérature comparée, directeur du département d’études françaises et francophones à l’Université de Californie Los Angeles (UCLA) Jean-François Staszak, professeur ordinaire au département géographie et environnement de l’Université de Genève (Suisse) ; T.Denean Sharpley-Whiting, Gertrude Conaway Vanderbilt Distinguished Professor of Humanities, directrice du Callie House Research Center for the Study of Global Black Cultures and Politics à l’Université Vanderbilt (États-Unis) ; Sylvie Chalaye anthropologue et historienne, codirectrice de l’Institut de recherche en Études théâtrales de l’Université Paris III-Sorbonne Nouvelle; Fanny Robles, angliciste, maîtresse de conférences en cultures des mondes anglophones à l’Université d’Aix-Marseille (LERMA, EA 853) ; Naima Yahi, historienne, chercheuse associée à l’Unité de recherche Migrations et société (URMIS) de l’Université de Nice-Sophia-Antipolis et directrice de l’association Pangée Network.

 

Introduction « Des imaginaires coloniaux aux héritages postcoloniaux » issue de l’ouvrage Sexualités, identités & corps colonisés (p. 11-28)*

 

Par Gilles Boëtsch, Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Sylvie Chalaye, Fanny Robles, T. Denean SharpleyWhiting, JeanFrançois Staszak, Christelle Taraud,
Dominic Thomas & Naïma Yahi

© CNRS Éditions / Éditions la Découverte / Groupe de recherche Achac / Gilles Boëtsch, Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Sylvie Chalaye, Fanny Robles, T. Denean SharpleyWhiting, JeanFrançois Staszak, Christelle Taraud,
Dominic Thomas & Naïma Yahi (
Sexualités, identités & corps colonisés, 2019)

 


 

 

INTRODUCTION

Sexualités, identités et corps colonisés

Des imaginaires coloniaux aux héritages postcoloniaux

Gilles Boëtsch, Nicolas Bancel, Pascal Blanchard,
Sylvie Chalaye, Fanny Robles, T. Denean Sharpley‑Whiting, Jean‑François Staszak, Christelle Taraud,
Dominic Thomas & Naïma Yahi

 

 

Dans le présent ouvrage collectif, les lectrices et lecteurs trouveront quarante-sept articles réunissant quarante-huit auteur·e·s autour de dix directeur·rice·s scientifiques. S’appuyant sur une série de manifestations scientifiques[1] et de rencontres[2] qui ont ponctué les années 2018‑2019, ce livre fait bien sûr écho à la sortie, en septembre 2018 aux Éditions La Découverte, de Sexe, race & colonies. La domination des corps du XVe siècle à nos jours, et reprend d’ailleurs plusieurs textes de celui-ci pour les rendre accessibles à un plus grand nombre de lecteur·rice·s. Le contenu s’est toutefois considérablement enrichi d’un nombre conséquent (vingt-sept au total) de nouvelles contributions de spécialistes qui sont, pour la plupart, inédites.

Si cet ouvrage se situe bien dans le prolongement de ce premier opus, il possède cependant sa logique propre. Ceci explique pourquoi les lecteur·rice·s ne trouveront ici que fort peu de références directes aux débats qui ont ponctué la vie éditoriale de Sexe, race & colonies – nous avons plutôt choisi de nous en expliquer, longuement, dans l’introduction de sa version anglophone à paraître en 2020 –, à l’exception notable de la rubrique « perspective(s) », qui clôture chacune des cinq parties du présent livre et qui a pour but de mettre en avant cinq tribunes que les co-directeur·rice·s du précédent ouvrage ont publiées tout au long de ces mois de débats, de façon à démontrer combien traiter de la sexualité (post)coloniale reste une question difficile et sensible[3].

Toutefois, le débat suscité par la parution de Sexe, race & colonies ayant surtout porté sur les images – en particulier sur les photographies – qui y sont reproduites, il ne saurait s’appliquer dans les mêmes termes à cet ouvrage, qui n’est pas illustré mais qui traite majoritairement des imaginaires. En la matière, il y a un risque de se laisser aveugler par la violence des images et de ne pas voir celle dont les mots peuvent être, eux-aussi, porteurs. La citation d’un propos odieusement sexiste et raciste, même placée entre guillemets, peut blesser autant qu’une image, le récit d’un viol choquer autant que sa photographie. Les mots, comme les images, ne sont pas seulement les traces ou les manifestations d’une violence : ils peuvent être ce par quoi la violence s’exerce. Aussi faut-il les manier avec précautions et être conscient du risque de reproduire les stéréotypes qu’on énonce, même si c’est pour les dénoncer. C’est bien dans cette perspective que nous avons entrepris le présent travail collectif, afin d’offrir aux lecteurs un large panel d’analyses et de perspectives sur les enjeux de la sexualité dans les colonies, et ses héritages dans le temps et les espaces postcoloniaux.

Un ouvrage au carrefour de plusieurs questionnements

Le présent ouvrage collectif a comme volonté première d’éclairer la dynamique d’un champ de recherche en pleine expansion – celui des sexualités en contextes esclavagistes et/ou coloniaux et postcoloniaux – dont la richesse et l’intérêt, comme le lecteur et la lectrice pourront le voir en feuilletant les pages de ce livre, tiennent autant à sa diversité géographique qu’à ses partis pris épistémologiques, particulièrement en termes d’interdisciplinarité et d’intersectionnalité[4]. C’est cette approche qui permet de mieux appréhender les liens incontestables qui existent entre « race »[5], nationalité, identité de genre et orientation, préférence et tendance sexuelle[6].

Pour ne prendre en effet que deux exemples très symboliques de ce qui vient d’être dit – de l’ouvrage pionnier d’Angela Davis, Femmes, race et classe[7], publié aux États-Unis en 1982, à celui de Silvia Federici, Caliban et la sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive, édité d’abord en anglais en 2004[8] –, un continuum se fait jour. Un continuum qui exige de faire cette histoire-là – celle de l’intime, du sexe et de la chair pour reprendre les termes utilisés par l’historienne états-unienne Ann Laura Stoler dans son livre fondateur Carnal Knowledge and Imperial Power. Race and the Intimate in Colonial Rule en 2002[9] – avec l’urgente nécessité de connecter celle-ci aux sociétés qui l’incarnent, au sens propre du terme, dans notre contemporanéité commune.

Affronter la sexualité, c’est en effet se confronter à une question scientifique longtemps considérée comme illégitime – une « banale histoire de fesses » diront encore certains –, au mieux à un « mauvais objet » peu conforme aux attentes et aux règles de la doxa académique ; au pire à un « non-objet », la sexualité ayant longtemps été pensée hors du champ de la réflexion scientifique du fait de son supposé caractère anhistorique, naturel et immuable[10]. Pourtant, Michel Foucault démontrait bien déjà, dans les trois tomes de son Histoire de la sexualité publiés entre 1976 et 1984, combien cette question était tout à fait centrale pour l’analyse et la compréhension des sociétés occidentales, au passé comme au présent.

À sa suite, d’autres grand·e·s auteur·e·s tel·le·s que Monique Wittig[11] ou Judith Butler[12], toutes deux se situant dans l’héritage épistémologique et politique du deuxième Sexe de Simone de Beauvoir[13], ont questionné avec force cette « vérité du sexe » – thème cher à Foucault – dans le rapport que celle-ci aurait au désir/fantasme et à la production et réification des normes au sein même des biopouvoirs : c’est-à-dire à la planification, au contrôle, à la surveillance de la sexualité, et, bien sûr, à sa punition et sa répression aux travers de violences multiples, diversifiées et répétées, elles-mêmes produits de différents dispositifs de dominations croisées[14].

Ainsi, la sexualité apparaît pour ce qu’elle est : non pas une donnée périphérique et anecdotique des sociétés étudiées mais bien un enjeu majeur du pouvoir individuel et collectif, empirique et théorique. En ce sens, il n’est pas du tout étonnant que les études sur la sexualité en Occident – qui sont en grande partie issues, à l’origine tout du moins, des mouvements de revendication(s) LGBT des années 1970 – aient assez vite croisé d’autres champs de contestation du savoir/pouvoir tels les Subaltern Studies. La subalternité – dont l’origine peut être trouvée dans le travail d’Antonio Gramsci sur l’hégémonie culturelle mais dont le projet historiographique doit tant à l’école indienne et notamment à Ranajit Guha[15], Gayatri Chakravorty Spivak[16] et Dipesh Chakrabarty[17] – a en effet avantageusement nourri, et réciproquement, les Postcolonial Studies, dans le domaine des études sur la sexualité comme dans d’autres, notamment depuis la publication du livre d’Edward Said, aux États-Unis, en 1978, et des travaux de Stuart Hall en Angleterre, en 1980[18].

Au sein de cette continuité épistémologique toutefois, les définitions ont évolué avec le temps sous l’influence de recherches mettant en avant des objets sensiblement différents au travers d’approches inédites. On a vu émerger une véritable génération d’auteur·e·s, tel·le·s Paul Gilroy, bell hooks, Chandra Talpade Mohanty, Lisa Lowe, Achille Mbembe et Inderpal Grewal, qui ont donné leurs lettres de noblesse aux études croisant les questions sexuelles et raciales.

Le présent ouvrage est bâti sur cette investigation diverse et prolixe, menée depuis plus de trente ans déjà par un nombre important de chercheuses et chercheurs, et qui se situe au croisement de plusieurs démarches épistémologiques novatrices mais dont le cœur est avant tout l’histoire des représentations en contexte colonial et postcolonial. Synthétique, comme le souligne l’imposante bibliographie figurant en fin de volume, l’originalité scientifique de ce livre tient autant à son amplitude chronologique (cinq siècles, du XVe siècle au temps présent) et aux différents espaces (post)coloniaux traités sur les cinq continents, qu’aux regards singuliers portés par les auteur·e·s qui le composent.

Une approche en cinq ensembles thématiques

Nous avons choisi de structurer cet ouvrage en cinq parties thématiques, chaque partie étant ordonnée chronologiquement. Ce choix permet d’explorer plus avant la diversité des approches à partir d’un objet clairement identifié pour chaque séquence, tout en favorisant la pluridisciplinarité. Si cette démarche ne peut épuiser chaque objet traité – cet ouvrage ne peut évidemment prétendre à l’exhaustivité –, elle a l’avantage d’être exploratoire et, tout en éclairant autant que possible chaque configuration, de laisser ouvertes des pistes de recherches à poursuivre.

Dans une première partie intitulée « Discours, fantasmes et imaginaires » est globalement discuté comment se sont constitués les différents fantasmes sur l’« Autre » au travers d’institutions sexualisées (comme le harem qu’évoque Juliette Dumas), de figures érotisées (les Vahinés en Polynésie française ou les « danseuses du ventre » en métropole, évoquées respectivement par Serge Tcherkézoff et Naïma Yahi), mais aussi comment ceux-ci ont évolué et se sont pérennisés entre les premiers Empires coloniaux et les seconds, et ce jusqu’aux temps postcoloniaux via, par exemple, le « sexe interracial sur le Web » étudié par Bernard Andrieu. La domination sexuelle s’est en effet souvent accompagnée d’une forme ambivalente de fascination/répulsion pour les peuples « exotiques », qui se forge quasiment dès l’origine, aussi bien aux Amériques que dans les premières possessions africaines de l’époque moderne, comme le soulignent tant les articles de Gilles Boëtsch et Dominic Thomas que ceux de Pierre Ragon et T. Denean Sharpley-Whiting. Fondées sur des préjugés, notamment religieux, les hiérarchies qui naissent de cette dynamique originelle centrée sur le couple fascination/répulsion, ont alors prétendu légitimer la domination raciale, formant ainsi, dès le XVe siècle, le premier substrat d’un racisme qui s’incarnait à la fois dans la couleur de peau et dans le statut socio-économique[19].

Cependant, la massification du commerce triangulaire, dans le cadre de la traite transatlantique, et l’institutionnalisation de l’esclavage entre l’Afrique et les Amériques à partir du XVIe siècle[20], les relations conflictuelles dans l’espace méditerranéen et/ou ottoman, la montée en puissance des Empires coloniaux et l’émergence, à la fin du XVIIIe siècle, du racisme scientifique, vont progressivement effacer ce « temps de la sidération », non exempt de stéréotypes d’ailleurs, au bénéfice de représentations de plus en plus dévalorisantes et stigmatisantes de l’« Autre ».

Au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, s’opère en effet une mutation de sens décisive qui va transformer ce que les modernes appelaient encore le « préjugé de couleur » en raciologie contemporaine. Initiée d’abord en Europe et aux États-Unis, puis transposée en Afrique du Sud et au Japon, la raciologie irrigue alors les principales nations esclavagistes et/ou colonialistes, leur fournissant un argumentaire à même de légitimer, tout en la rationalisant et en la capitalisant, leur domination[21].

À cela s’ajoute, dans les premiers comme dans les seconds Empires, pendant les guerres de conquête et de pacification, mais aussi les politiques de « mise en valeur » qui leur succèdent, l’importance des femmes « indigènes », comme nous pouvons le voir à travers l’espace méditerranéen, colonial et postcolonial, exploré par Sophie Bessis. Enjeux de pouvoir entre les hommes dans des conflits virils (de colonisation comme de décolonisation) dans lesquels elles ont souvent peu de place et où leur rôle pourtant réel est en général mésestimé ou nié, les femmes – colonisées hier, immigrées ou issues de l’immigration aujourd’hui – sont aussi au cœur des questions de mixité sexuelle et de métissage, comme le montre l’article de Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Dominic Thomas, qui clôture la première partie du livre, sur les nouvelles identités métisses à l’heure de la mondialisation.

Ce thème, absolument central, amène, dans une deuxième partie, à questionner avec force le triptyque « Sexualité, prostitution, corps ». Ici, les auteur·e·s vont s’intéresser plus particulièrement à l’économie politique de la sexualité dans le contexte spécifique de la naissance des seconds Empires coloniaux au début du XIXe siècle, comme le souligne l’article d’Elisa Camiscioli et de Christelle Taraud qui met en lumière les liens entre sexualité, conjugalité, filiation et héritage. Les questions sexuelles vont en effet s’y renouveler avec force du fait de la mise en place des biopolitiques coloniales, qu’il s’agisse de durcir les législations contre la multiplication des unions mixtes, dans la foulée notamment de l’arrivée de populations de femmes blanches de plus en plus nombreuses, ou bien de nier ou d’occulter l’existence d’enfants métis. En Afrique de l’Ouest comme dans la future Indochine pour la France[22], dans les Indes britanniques pour les Anglais[23], en Afrique de l’Est pour les Italiens, dans les Indes néerlandaises pour les Hollandais et, plus tardivement, au Congo pour les Belges, ces biopolitiques ont bien pour but de réguler et de contrôler les relations interraciales, tout en tentant, souvent avec difficulté d’ailleurs, de limiter ou de prohiber toute mixité sexuelle dans les métropoles coloniales, notamment pendant les deux conflits mondiaux. Ce que démontre fort bien, par exemple, l’article de Marie-Paule Ha sur les relations interraciales en Indochine.

Dans ce contexte qui met au pas les unions légales et les couples légitimés par les coutumes locales et/ou coloniales, le marché du sexe tarifé se généralise. Tant en milieu civil (maisons de tolérance et quartiers réservés) qu’en milieu militaire (bordels militaires de campagne), il est organisé dans le cadre de réglementarismes coloniaux qui touchent tous les Empires, comme l’exemplifient l’article d’Elisa Camiscioli et de Christelle Taraud – de manière générale – et celui de Christophe Sabouret qui traite du cas du Japon impérial[24]. C’est aussi le moment où les colonies apparaissent comme des territoires privilégiés d’expression de l’homosexualité blanche, comme le montrent les récits d’écrivains homosexuels, tels l’Irlandais Oscar Wilde ou le Français André Gide[25]. Leurs écrits, nourris de leurs expériences in situ, vont largement participer à la production et à la diffusion d’un vaste et prolixe marché d’images homo-érotiques. Ces imaginaires érotico-pornographiques questionnent aussi avec force les notions de virilité et de masculinité (hétérosexuelles comme homosexuelles), tant en contextes coloniaux que postcoloniaux, ici et là-bas, comme le montrent deux articles qui articulent, quoique de manière différente, des questions connexes : l’article d’Yvan Gastaut sur l’homme arabe dans le discours des homosexuels en France[26] et celui de Bruno Nassim Aboudrar sur le voile et l’invention d’une sexualité musulmane.

Ceci nous amène à discuter, in fine, les héritages coloniaux de cette domination sexuelle dans notre monde contemporain, notamment au travers de la question du tourisme sexuel. Celui-ci, en effet, s’est développé avant les indépendances, puis lors des conflits de décolonisation et/ou issus de la Guerre froide et constitue désormais une véritable économie globalisée. De très nombreux pays anciennement colonisés ont, depuis les années 1970, de facto, développé une « offre sexuelle » de ce type à destination des Occidentaux – à l’image de ce qu’Emmanuel Cohen nous dit sur les liens entre tourisme et « prostitution ethnique » au Sénégal – mais aussi des nouveaux pays industrialisés, tels la Chine, la Turquie ou les Émirats du Golfe.

Héritier de la prostitution coloniale – en particulier des quartiers réservés comme celui de Bousbir au Maroc[27] ou des bordels militaires (Rest & Recreation Facilities) destinés à l’armée états-unienne dans l’ensemble de l’Asie du Sud-Est et tout particulièrement en Thaïlande et aux Philippines –, le tourisme sexuel, comme le montre l’article de Jean-François Staszak et Christelle Taraud, véhicule toujours les fantasmes et les imaginaires érotiques et pornographiques éculés de l’ère coloniale[28].

Ces fantasmes reposent en même temps sur une dynamique de fascination/répulsion dont l’exemple le plus paradigmatique est sans doute celui discuté par Pascal Blanchard, Gilles Boëtsch et Sandrine Lemaire dans leur contribution sur les « corps noirs », et sur une logique de classification et de catégorisation. Celle-ci inscrit les populations colonisées dans des registres de savoir/pouvoir qui imposent durablement une vision hiérarchisée du monde, comme le signifie clairement Yann Le Bihan dans son article sur les femmes noires en régime colonial ou Jean-Noël Ferrié et Gilles Boëtsch dans leur contribution (introductive de la troisième partie) sur la lente construction de l’Oriental·e.

Ceci explique pourquoi la troisième partie de l’ouvrage met spécifiquement en avant les relations consubstantielles entre « Science, race et ségrégation ». À l’origine appréhendé comme étant plus proche de l’animal et du monstre que de l’humain, plus en affinité avec la nature qu’avec la culture, l’« Autre » va, dès la fin du XVIIe siècle, comme le précise Elsa Dorlin dans son article, être appréhendé au travers d’un dispositif pseudo-scientifique, de plus en plus hégémonique : la « race »[29].

En s’affirmant au XIXe siècle comme discipline maîtresse de la raciologie, l’anthropologie physique va fixer – à l’image de ce que développe Capucine Boidin pour le Paraguay et Martial Guédron pour la France – un ensemble de stéréotypes raciaux et sexuels. Dans ce contexte, les femmes, esclaves et/ou colonisées sont ainsi revêtues d’une innocence sexuelle qui les conduit avec constance au « péché » ou à une « dépravation sexuelle atavique » liée à leur « race », confortant la position conquérante et dominante et du maître et du colonisateur. Ces femmes de l’« ailleurs » toujours vues comme dociles, faciles, lascives, lubriques, perverses et donc forcément insatiables et vénales[30], permettent aussi de construire, en miroir, l’image de l’épouse blanche idéale, pudique et chaste, réduite à une sexualité purement reproductive[31], une femme blanche qui doit d’autant plus être « protégée » – et donc contrôlée – qu’elle est évidemment, dans la doxa coloniale, l’objet des convoitises sexuelles et des désirs supposés irrépressibles, des hommes définis comme « Autres ». Ce qui explique les multiples et obsessionnelles représentations de « captives blanches » soumises aux violences (notamment sexuelles) des Amérindiens, des Africains, des Asiatiques ou des Océaniens…, éternelles « prisonnières à libérer » par nombre de héros blancs au sein de la production culturelle occidentale, dont le cinéma et la bande dessinée ont fait un topos érotique.

De surcroît, partout dans les espaces colonisés par l’Europe, la question raciale est au cœur de la construction des sexualités puisqu’elle y est le pivot central de l’organisation politique, économique et sociale, particulièrement dans les configurations esclavagistes des Caraïbes, du Brésil, des États-Unis[32] ou du Canada. Ainsi, toute l’économie de plantation du sud des États-Unis repose-t‑elle, entre le XVIe siècle et le XVIIIe siècle, sur l’institutionnalisation progressive de l’esclavage[33] : celle-ci s’articule à l’édification de frontières raciales strictes (les fameuses color lines[34]) reposant sur des hiérarchies socio-économiques inégalitaires et des rapports sexués asymétriques[35] qui sont ensuite légitimés par des discours savants, notamment médicaux. Ici, le rôle de la médecine raciale/coloniale est absolument fondamental, comme le montrent tant l’article d’Elsa Dorlin sur la « Clinique de la race : la sexualité morbide au cœur de l’idéologie esclavagiste » à l’époque moderne, que celui de Delphine Peiretti-Courtis sur « Les médecins français et le sexe des Noir·e·s » à partir du XIXe siècle.

Au cœur de ces systèmes coloniaux et patriarcaux, la liberté sexuelle du maître et/ou du colonisateur bien sûr… Une liberté incontestablement très étendue mais qui n’est cependant, a contrario des représentations souvent véhiculées, pas totale, car elle se heurte aux préceptes moraux, aux interdits raciaux (sociaux ou légaux), au refus des femmes blanches d’accepter la cohabitation, jugée humiliante et déshonorante par la plupart d’entre elles[36], avec d’autres femmes et d’autres familles « de couleur », et, in fine, à la peur croissante, dès la seconde moitié du XIXe siècle, d’un métissage qui fait écho à l’idée de dégénérescence[37] et de disparition de la « race blanche ». Ce qu’exemplifie parfaitement l’article d’Olivier Le Cour Grandmaison sur « Hygiène coloniale, sexualités et métissages ».

Cette nouvelle configuration moralisatrice, hygiéniste et prophylactique complexe, née du XIXe siècle, va conduire néanmoins à un appel croissant, quoique tardif, aux femmes blanches pour peupler les Empires ultramarins, assurer des descendances sans métissage et moraliser les mœurs coloniales tout en produisant, pour réguler les interrelations licites et illicites entre colonisateurs et colonisés – à l’image de ce qu’analyse Isabelle Tracol-Huynh sur l’organisation de la prostitution réglementée dans l’Indochine française –, des systèmes de contrôle, de surveillance et de punition de plus en plus coercitifs, comme l’expliquent fort bien Christine de Gémeaux et Pascal Blanchard dans leur contribution.

La quatrième partie de l’ouvrage portant sur « Dominations, violences et viols » se propose de revenir sur la manière dont ces « régimes de force », au plein sens du terme, se sont constitués dès les premières conquêtes coloniales et ont été pérennisés, par la suite, tant dans le contexte spécifique des sociétés esclavagistes de l’époque moderne – comme le souligne Arlette Gautier dans son article intitulé « Possessions et érotisation violentes des femmes esclaves » – que durant les conflits militaires du XIXe siècle qui ont donné naissance, presque partout, aux nouvelles sociétés coloniales contemporaines. Reposant sur un accaparement programmé des femmes des « Autres » – à l’image de ce que nous dit Arnaud Nanta sur la domination ethnique et sexuelle de la Corée colonisée par les Japonais à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle –, les dispositifs produits vont aussi nécessiter, dans le même temps, la mise en œuvre de politiques de « protection des femmes blanches » qui incarnent, dès ce moment, l’exemplarité morale et l’intégrité physique de la colonisation elle-même.

Ceci peut expliquer pourquoi le viol de femmes blanches fut l’objet, dans le cadre de la Révolte des Cipayes en 1857 au sein du Raj britannique en construction, de répressions inouïes, comme l’explique très bien Nancy L. Paxton. Une nécessité qui avait déjà conduit à une mise au pas extrêmement violente de ceux qui avaient pu oser regarder et/ou toucher la femme du dominant dans les systèmes esclavagistes, puis ségrégationnistes – crime puni, presque partout, par le fouet, la castration, le lynchage[38] ou l’exécution publique[39]. Notamment, mais pas seulement, aux États-Unis où l’« homme noir » est, et ce de manière très ancienne et jusqu’à aujourd’hui, constamment perçu comme le vecteur essentiel de la dangerosité sexuelle, comme en atteste l’article de Kellina M. Craig-Henderson.

Pourtant, le déclenchement de la Grande Guerre va modifier sensiblement la donne, du fait de l’arrivée en Europe d’un grand nombre d’hommes « Autres », soit depuis les Empires coloniaux à partir de 1914, soit depuis les États-Unis après leur entrée en guerre en 1917. Cette présence – qui a conduit à une multiplication sans précédent des rencontres mixtes, et donc des métissages, sans éradiquer pour autant la très vieille peur de ceux-ci comme l’expliquent Gilles Boëtsch et Sébastien Jahan dans leur contribution – va entraîner de fortes réactions, d’abord du côté des autorités états-uniennes, qui ne peuvent tolérer un tel franchissement de la color line, comme le notent Christian Benoît et Antoine Champeaux, mais aussi, ensuite, de certains pays européens. Ainsi, en Allemagne, au moment de l’occupation de la Ruhr par les Français de 1919 à 1924, les troupes coloniales, et tout particulièrement les tirailleurs sénégalais, sont-ils accusés, du fait de leurs supposées « pulsions sexuelles incontrôlables », de violer les femmes allemandes. Une « honte noire »[40], selon les groupes völkisch qui composent l’extrême droite nationaliste allemande[41], dont les Allemands se souviendront lors de la Seconde Guerre mondiale[42].

Mais c’est au moment des décolonisations que, comme le rappellent fort justement Nicolas Bancel et Alain Ruscio dans leur article, ces violences sexuelles vont s’exprimer avec le plus d’amplitude et de régularité[43]. Ainsi, en Afrique, dans l’Empire britannique, celles-ci se révèlent à l’occasion de la révolte des Mau Mau au Kenya entre 1952 et 1960, où des centaines de cas de violences sexuelles sur les femmes (dont des viols) et sur les hommes (dont des castrations) sont recensés[44]. Des pratiques d’ailleurs communes, entre 1954 et 1962, à la guerre de libération nationale en Algérie[45] avec la mise en place, par l’armée française, d’un véritable système de torture dans lequel le viol des femmes algériennes est utilisé comme une arme de guerre ; mais aussi à la libération du Congo belge et lors des décolonisations tardives de l’Empire portugais en Angola, au Mozambique, en Guinée Bissau et au Cap Vert[46], comme le suggèrent les lettres de guerre d’António Lobo Antunès[47]. Ce qui amène Achille Mbembe à interroger, au regard de ce qui vient d’être dit, « l’homme blanc en prise avec ses démons ».

Enfin, dans une dernière partie, focalisée sur le thème des « Spectacles, des nouveaux territoires de l’érotisme, du cinéma et des mises en scène », les auteur·e·s s’intéressent, pour commencer, aux différentes productions de la culture populaire qui s’inscrivent dans une racialisation des sexualités. Comme le soulignent Jennifer Anne Boittin et Christelle Taraud dans leur article introductif, l’érotisme colonial semble recouvrir un imaginaire assez simple – voire simpliste –, alimenté par des figures stéréotypées, telles l’odalisque de harem, dévoilée par le regard du peintre ou bien la « Négresse » à demi nue, immortalisée par l’objectif du photographe, participant à la construction d’une « altérité féminine », exotisée, érotisée et sexualisée par un Occident blanc et viriliste. Cependant, l’érotisme colonial ne se limite pas à cette représentation, par des hommes blancs, de femmes « Autres ». Il concerne aussi les hommes entre eux et met en scène un véritable homo-érotisme, comme le montrent par exemple, dans le contexte de la Tunisie française, les photographies de jeunes « éphèbes indigènes » prises entre 1904 et 1914 par Rudolf Lehnert et Ernst Landrock.

Construit par et pour les colonisateurs, l’érotisme colonial, du fait de son caractère puissamment hégémonique, se donne à voir dans des espaces aussi diversifiés que les exhibitions ethnographiques évoquées par Nicolas Bancel et Pascal Blanchard ainsi que par Fanny Robles, les théâtres[48], les cabarets, les salles de music-hall de l’industrie du spectacle[49] qu’évoquent conjointement Robert W. Rydell pour les États-Unis et Nathalie Coutelet pour la France, ou bien encore dans l’industrie cinématographique évoquée par Catherine Servan-Schreiber[50] et Claire Dutriaux. S’imposant comme le grand média de masse de l’entre-deux-guerres, tant en Europe qu’aux États-Unis, le cinéma va, en effet, utiliser à plein le potentiel érotique[51] des colonies, mettant en images de manière récurrente des hommes blancs présentés comme les maîtres incontestés des espaces colonisés, d’un côté « protecteurs » des femmes occidentales (systématiquement capturées par des « tribus sauvages africaines », des « Asiatiques pervers » et des « Arabes libidineux », tous avides de « femmes blanches »), de l’autre séduisants héros aussi bien « libérateurs » des femmes « indigènes », que tragiquement envoûtés par de mythiques « femmes fatales » orientales ou asiatiques[52].

La fin de la domination coloniale stricto sensu dans les années 1950‑1970, l’abolition progressive de la ségrégation raciale légale aux États-Unis au cours de la même période[53], l’éradication des régimes d’exception – tels l’apartheid en Afrique du Sud en 1991 –, et les immigrations postcoloniales ont mis fin, officiellement, à la domination sexuelle coloniale. Pourtant, celle-ci n’a pas totalement disparu, on s’en doute, des sociétés postcoloniales[54], comme le démontrent clairement les articles de Christian Béthune et de Sylvie Chalaye. Centré sur la nécessité de reconstruire l’« Autre » corps, en liant avec force émancipation et création, ce dernier article, qui clôt le livre, souligne autant la puissance et la pérennité des représentations de la domination sexuelle coloniale dans notre contemporanéité que les multiples visages de sa dénonciation dans le domaine des arts (plastiques, scéniques, performatifs, musicaux…). Car les artistes et créateurs[55], en particulier les descendants d’ex-colonisé·e·s, se saisissent avec force des représentations coloniales pour mieux les déconstruire et faire advenir un « autre » corps, un corps libéré de la gangue des préjugés, un corps décolonial, un corps qui s’arrache au poids de l’histoire au travers d’une véritable transmutation[56].

Et ce faisant, le « corps colonial », monolithique, fabriqué par et pour les colonisateurs comme une masse informe où s’engouffraient, pêle-mêle, des multitudes sans noms, sans visages et sans voix, se transcende lui-même en un corps cicatriciel[57] pour accoucher d’individualités à part entière, complexes, hybrides et métisses, en quelque sorte recousues, voire réparées. La réparation, prélude à la réconciliation, est le cœur palpitant de ce livre polyphonique, qui cherche à rendre toute leur épaisseur humaine aux nombreux individus qui ont été et sont encore impactés par cette longue et douloureuse histoire[58].

Une nouvelle mise en perspective

Partout, la domination sexuelle a reposé sur un long processus d’asservissement produisant des imaginaires complexes qui, entre exotisme et érotisme, se sont nourris d’une véritable fascination/répulsion pour les corps « autres ». Les multiples héritages contemporains de cette histoire conditionnent encore largement les relations entre ancien·ne·s colonisateur·rice·s et ex-colonisé·e·s (dans les Empires) ou ancien·ne·s esclaves (dans les nations esclavagistes). Car, si les imaginaires sexuels coloniaux ont façonné les mentalités des sociétés colonisatrices, ils ont aussi conditionné celles des dominé·e·s[59].

L’ordre sexuel colonial prend ainsi place dans des rapports de pouvoir et des systèmes de normes qui impliquent aussi bien les hommes que les femmes, de « race » blanche et de couleur, homosexuels et hétérosexuels – dichotomies produites par cet ordre et essentielles à sa reproduction. Dans le cadre de sociétés très hétéronormées et androcentrées, la colonisation reste toutefois une entreprise matériellement et symboliquement masculine, dont la « femme indigène » est la première proie sexuelle, raison pour laquelle c’est beaucoup d’elle qu’il sera question dans ce livre.

Mais l’« homme indigène » est aussi un objet de fantasme. Considéré comme excessivement viril et hypersexué, il constitue ainsi une menace pour la femme et donc la race blanche, le viol risquant d’aboutir au métissage. Tenu pour insuffisamment viril, efféminé et sodomite, il déstabilise la norme masculine et hétérosexuelle. Il devient ainsi lui aussi – quoique plus discrètement et non sans contradictions – un objet de désir. L’Empire est aussi le lieu où, loin des normes et des lois de la métropole, le colon peut à un moindre risque désirer l’homme indigène. Le colon se refuse à penser que sa femme éprouve la même inclination, mais le développement récent d’un tourisme sexuel féminin à destination des anciennes colonies laisse penser – s’il s’inscrit comme on peut le croire dans la continuité de l’imaginaire colonial – qu’il a probablement tort : les enjeux sexuels du colonialisme ne se réduisent pas aux rapports hétérosexuels entre les colons et les femmes indigènes.

Au XXIe siècle[60], si des structures de domination perdurent incontestablement[61], d’autres processus inverses se déploient simultanément[62]. Les migrations postcoloniales, au moins dans l’ensemble des anciennes métropoles coloniales, ont ainsi provoqué, presque mécaniquement, la multiplication des unions mixtes et leur acceptation progressive[63], une situation qui ressemble de plus en plus aux États-Unis où, selon les conclusions d’un rapport du Pew Research Center en 2010, le taux de mariages interraciaux a presque triplé depuis 1980 (15 % en 2010)[64].

Dans la foulée, ce processus a donné corps à un cosmopolitisme globalisé. Que la simple existence de ces unions mixtes ait déclenché, tout au long de cette longue histoire, des réactions xénophobes plus ou moins constantes[65], ne doit pas faire oublier que la figure des métis·ses[66] est devenue, dans le même temps, un modèle esthétique de référence dans les cultures médiatiques mondiales[67]. Un modèle contesté et/ou récusé, partout, par les suprématistes de tout bord et les intégristes religieux qui rejettent migrations et minorités au travers de « replis communautaires » polymorphes et accompagnés, le plus souvent, de forts conservatismes culturels et sociétaux, notamment en termes de mœurs[68]. Quant aux femmes « Autres » toujours catégorisées en types, à l’image des « Beurettes » en France, des « Black Bitches » aux États-Unis, des « Congolaises » en Belgique, des « Pakistanaises » au Royaume-Uni, elles restent stigmatisées, stéréotypées, assujetties, aussi bien pratiquement que symboliquement, aux rôles prédéfinis par les héritages patriarcaux et/ou ­coloniaux[69]. Dans les faits, la sexualisation et la marchandisation des corps imprègnent et infiltrent nos sociétés d’aujourd’hui, que ce soit dans les domaines culturels, sociaux, politiques, sportifs, artistiques ou autres, et ces exemples de domination/subordination et d’hyper­sexualisation/soumission nous permettent de (re)tracer des héritages historiques.

On comprend désormais que la réduction des femmes et des hommes « Autres » à leur sexe/sexualité, principe fondateur de la doxa esclavagiste et coloniale depuis l’origine, mais aussi des modèles sociaux de nos cultures désormais globalisées[70], est loin d’avoir totalement disparu[71]. Et pourtant, dans le même temps, le métissage est aussi devenu l’horizon d’une utopie censée préfigurer, pour certain·e·s en tout cas, l’éclosion d’une véritable société mondialisée, post-raciale et égalitaire, dans un effet boomerang que les colonisateurs n’avaient certes pas imaginé quand ils ont, pour la première fois, foulé les terres de l’Amérique, de l’Afrique, de l’Asie et de l’Océanie…

Certes, la sexualité n’a pas été un instrument de pouvoir uniquement dans les cadres esclavagiste, colonial, ségrégationniste ou postcolonial : toutes les sociétés connaissant, de ce point de vue, des processus similaires de domination sexuelle[72] dont les ravages se prolongent dans notre monde contemporain comme en attestent les affaires Dominique Strauss-Kahn (2011)[73] et Harvey Weinstein (2017), ainsi que les hashtags #MeToo et #BalanceTonPorc ou encore #MosqueMeToo. Mais, aux colonies, cette domination s’est appuyée sur des systèmes clairement ségrégationnistes, qu’ils soient légaux ou sociaux. Ici, la « race »[74] a donc bien constitué le cœur de l’organisation de l’ordre sexuel et de ses représentations. C’est avec ce point de départ en tête que s’organise notre réflexion dans cet ouvrage collectif, afin de donner à voir et à comprendre autrement les rapports de domination désormais mondialisés, dont les héritages du temps des Empires sont aujourd’hui partagés dans toutes les sociétés contemporaines, au Nord comme au Sud.

 

* Retrouvez le sommaire de l’ouvrage ici : https://achac.com/sexe-et-colonies/open_source/sommaire-sexualites-identites-corps-colonises-cnrs-editions2019/

 

Pour citer cet article : Gilles Boëtsch, Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Sylvie Chalaye, Fanny Robles, T. Denean Sharpley‑Whiting, Jean‑François Staszak, Christelle Taraud, Dominic Thomas & Naïma Yahi, « Des imaginaires coloniaux aux héritages postcoloniaux », in Sexualités, identités & corps colonisés, Paris, CNRS Éditions, 2019, pp.11-28.

 

Retrouvez l’ouvrage sur le site de CNRS Éditions ici : https://www.cnrseditions.fr/catalogue/sciences-politiques-et-sociologie/sexualites-identites-corps-colonises/

 

Le contexte de diffusion électronique ne retire rien à la conservation des droits intellectuels, les auteurs doivent être reconnus et correctement cité en tant qu’auteurs d’un document.

 

 

NOTES**

 

[1]. Parmi ces nombreuses manifestations scientifiques, nous retiendrons tout particulièrement les quatre colloques qui ont eu lieu à Paris, Genève/Lausanne et Los Angeles : « Pratiques et imaginaires de la sexualité coloniale et postcoloniale », Columbia Global Center, Reid Hall, Paris (16 novembre 2018) ; « Sexualité, colonisation, immigration. Enjeux et héritages », musée national de l’Immigration, Porte Dorée, Paris (15 février 2019) ; « Imaginaires sexuels coloniaux : Histoire d’un asservissement érotique (1830‑1960) », Universités de Genève et de Lausanne (11 et 12 avril 2019) ; « Interracial Sexualities: Images, Imaginaries, Legacies », UCLA, Los Angeles (16 mai 2019). Certains textes du présent ouvrage sont directement issus de ces colloques et des communications inédites proposées dans ceux-ci.

 

[2]. De même, parmi les diverses rencontres qui ont accompagné la sortie de Sexe, race & colonies. La domination des corps du XVe siècle à nos jours, on peut signaler notamment « Les rendez-vous de l’Histoire » de Blois (13 octobre 2018), celles de l’Institut du monde arabe (13 décembre 2018 et le 13 avril 2019) ou celle organisée dans le cadre du Festival « Étonnants Voyageurs » (8 juin 2019).

 

[3]. Gilles Boëtsch, Pascal Blanchard, « Le colonialisme, une histoire de la domination sexuelle », in Carnets de science, Paris, CNRS Éditions, novembre 2018, pour la partie 1 ; Christelle Taraud, « Sexe et colonies : les vérités qu’on tait deviennent vénéneuses », in Nouvel Obs, 15 novembre 2018, pour la partie 2 ; Nicolas Bancel, « La domination des corps », in Golias, 9 janvier 2019 pour la partie 3 ; Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Gilles Boëtsch, Christelle Taraud, Dominic Thomas, « Les imaginaires ont façonné les mentalités des sociétés occidentales », in The Conversation, 19 septembre 2018, pour la partie 4 ; Nicolas Bancel et Pascal Blanchard, « L’autre histoire des Empires », in AOC, 2 novembre 2018, pour la partie 5. Nous tenons à remercier ces différents médias et magazines pour l’autorisation de reproduction des articles ou interviews publiés initialement dans leur support respectif.

 

[4]. Kimberlé Crenshaw, « Demarginalizing the Intersection of Race and Sex: A Black Feminist Critique of Antidiscrimination Doctrine, Feminist Theory and Antiracist Politics », in University of Chicago Legal Forum, no 140, 1989.

 

[5]. Soulignons ici que nous employons le terme de « race » (entre guillemets, ici, mais parfois sans guillemets dans l’ouvrage, selon les pratiques d’écriture et les choix des auteur·e·s), afin de nettement signifier que nous concevons cette catégorie, dans la tradition des sciences sociales, comme un construit socio-historique. Ce qui implique une position éminemment critique face aux acceptions biologiques auxquelles s’adossent classements et hiérarchies raciales qui se succèdent du XVIIIe siècle à nos jours ; acceptions par ailleurs largement déconstruites dans cet ouvrage.

 

[6]. Roderick A. Ferguson, Aberrations in Black Toward a Queer of Color Critique, Minneapolis, University of Minnesota Press, 2003 ; Vivian M. May, Pursuing Inter­sectionality, Unsettling Dominant Imaginaries, New York, Routledge, 2015 ; Jennifer C. Nash, Black Feminism Reimagined: After Intersectionality, Durham, Duke Uni­versity Press, 2019.

 

[7]. Angela Davis, Women, Race and Class, New York, Random House Edition, 1982. Traduit en français sous le titre Femmes, race et classe, Paris, Éditions des Femmes, 1983.

 

[8]. Silvia Federici, Caliban and the Witch: Women, The Body and Primitive Accumulation, New York, Autonomedia, 2004. Traduit en français sous le titre Caliban et la sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive, Genève/Paris/Marseille, Entremonde/Senonevero, 2014.

 

[9]. Ann Laura Stoler, Carnal Knowledge and Imperial Power: Race and the Intimate in Colonial Rule, Berkeley, University of California Press, 2002. Traduit en français sous le titre La Chair de l’Empire. Savoirs intimes et pouvoirs raciaux en régime colonial, Paris, La Découverte, 2013.

 

[10]. Sur cette question voir Anne-Claire Rebreyend, « Comment écrire l’histoire des sexualités au XXe siècle ? », in Clio. Histoire‚ femmes et sociétés, no 22, 2005.

 

[11]. Monique Wittig, La pensée straight, Paris, Balland, 1992. L’essai The Straight Mind, dont le livre tire son titre, a été présenté pour la première fois lord d’une conférence au Barnard College, en avril 1979 et est d’abord paru en français en 1980 dans la revue Questions féministes.

 

[12]. Judith Butler, Gender Trouble: Feminism and the Politics of Subversion, Londres/New York, Routledge, 1999 [1990]. Traduit en français sous le titre Trouble dans le genre. Pour un féminisme de la subversion, Paris, La Découverte, 2005.

 

[13]. Simone de Beauvoir, Le deuxième Sexe, Paris, Gallimard, 1949.

 

[14]. Martine Spensky (dir.), Le contrôle du corps des femmes dans les Empires coloniaux. Empires, genre et biopolitiques, Paris, Karthala, 2015.

 

[15]. Ranajit Guha, Elementary Aspects of Peasant Insurgency in Colonial India, Delhi, Oxford University Press, 1983.

 

[16]. Gayatri Chakravorty Spivak, « Can the Subaltern Speak? », in Cary Nelson, Lawrence Grossberg, Marxism and the Interpretation of Culture, Urbana, University of Illinois Press, 1988.

 

[17]. Dipesh Chakrabarty, Provincializing Europe: Postcolonial Thought and Historical Difference, Princeton, Princeton University Press, 2000.

 

[18]. Edward Said, Orientalism, New York, Pantheon Books, 1978. Traduit en français sous le titre L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, Paris, Seuil, 1980 ; Stuart Hall, « Race, Articulation and Societies Structured in Dominance », in Sociological Theories: Race and Colonialism, Paris, Unesco, 1980.

 

[19]. Gilles Boëtsch, « Le corps métis », in Bernard Andrieu, Gilles Boëtsch, David Le Breton, Nadine Pomarède, Georges Vigarello (dir.), La peau. Enjeu de société, Paris, CNRS Éditions, 2008.

 

[20]. Clarence J. Munford, The Black Ordeal of Slavery and Slave Trading in the French West Indies, 1625‑1715: Middle Passage and the Plantation Economy, Lewiston/Queenston/Lampeter, The Edwin Mellen Press, 1991 ; Caroline Oudin-Bastide, Travail, capitalisme et société esclavagiste. Guadeloupe, Martinique (XVIIe-XIXe siècles), Paris, La Découverte, 2005 ; Gregory D. Smithers, Slave Breeding. Sex, Violence and Memory in African American History, Gainesville, University Press of Florida, 2012.

 

[21]. Samuel George Morton, An Inquiry into the Distinctive Characteristics of the Aboriginal Race of America et Crania Aegyptiaca, Philadelphie, John Penington, 1844 ; Samuel George Morton « Hybridity in Animals and Plants Considered in Reference to the Question of the Unity of the Human Species », in American Journal of Science and Arts, vol. 3, 1847 ; Josiah Clark Nott, George Robert Gliddon, Types of Mankind, Philadelphie, Lippincott/Grambo & Co, 1854 ; Josiah Clark Nott, George Robert Gliddon, Indigenous Races of the Earth, Philadelphie/Londres, Lippincott/Trübner, 1857.

 

[22]. François Guillemot, Agathe Larcher-Goscha (dir.), La colonisation des corps. De l’Indochine au Vietnam, Paris, Vendémiaire, 2014.

 

[23]. Ronald Hyam, Empire and Sexuality: The British Experience, Manchester, Manchester University Press, 1991 ; Durba Ghosh, Sex and the Family in Colonial India: The Making of Empire, Cambridge, Cambridge University Press, 2006.

 

[24]. Luise White, The Comforts of Home: Prostitution in Colonial Nairobi, Chicago, The University of Chicago Press, 1990 ; Christelle Taraud, La prostitution coloniale. Algérie, Tunisie, Maroc (1830‑1962), Paris, Payot, 2009 [2003] ; Philippa Levine, Prostitution, Race, and Politics: Policing Venereal Diseases in the British Empire, New York, Routledge, 2003.

 

[25]. Robert Aldrich, Colonialism and Homosexuality, Londres/New York, Routledge, 2002.

 

[26]. Dont l’un des précurseurs fut Todd Shepard, voir notamment son livre Sex, France, and Arab Men, 1962‑1979, Chicago, University of Chicago Press, 2017, paru en français sous le titre Mâle décolonisation. L’« homme arabe » et la France, de l’indépendance algérienne à la révolution iranienne, Paris, Payot, 2017.

 

[27]. Jean-François Staszak, « Tourisme et prostitution coloniales : la visite de Bousbir à Casablanca (1924‑1955) », in Via, n° 2, 2015.

 

[28]. Jean-François Staszak, « L’imaginaire géographique du tourisme sexuel », in L’Information géographique, vol. 76, 2012.

 

[29]. Voir aussi Elsa Dorlin, La matrice de la race. Généalogie sexuelle et coloniale de la nation française, Paris, La Découverte, 2006.

 

[30]. Christelle Taraud, « Le rêve masculin de femmes dominées et soumises », in Driss El Yazami, Yvan Gastaut, Naïma Yahi (dir.), Générations. Un siècle d’histoire culturelle des Maghrébins en France, Paris, Gallimard/Génériques/CNHI, 2009.

 

[31]. Malek Alloula, Le harem colonial. Images d’un sous-érotisme, Paris, Éditions Slatkine, 1981 ; Leïla Sebbar, Christelle Taraud, Jean-Michel Belorgey, Femmes d’Afrique du Nord. Cartes postales (1885‑1930), Paris, Bleu Autour, 2011 [2006] ; Albert Boime, The Art of Exclusion. Representing Blacks in the Nineteenth Century, Washington D.C., Smithsonian Institution Press, 1990.

 

[32]. Winthrop D. Jordan, White Over Black: American Attitudes Toward the Negro, 1550‑1812, New York, W. W. Norton, 1968.

 

[33]. David Brion Davis, « Slavery, Sex and Dehumanization », in Gwyn Campbell, Elizabeth Elbourne (dir.), Sex, Power, and Slavery, Athens, Ohio University Press, 2014.

 

[34]. Paul Gilroy, Against Race: Imagining Political Culture Beyond the Color Line, Cambridge, Harvard University Press, 2000.

 

[35]. Sonia Maria Giacomini, Femmes et esclaves. L’expérience brésilienne (1850‑1888), Donnemarie-Dontilly, Éditions IXe, 2016 [1988].

 

[36]. Yvonne Knibiehler, Régine Goutalier, La Femme aux temps des colonies, Paris, Stock, 1985.

 

[37]. Claude-Olivier Doron, L’homme altéré. Races et dégénérescence (XVIIe-XIXe siècles), Cézérieu, Champ Vallon, 2016.

 

[38]. James Allen, Without Sanctuary: Lynching Photography in America, Santa Fe, Twin Palms Publishers, 1999 ; Leigh Raiford, « Lynching, Visuality and the Un/Making of Blackness », in NKA, Journal of Contemporary African Art, no 20, 2006.

 

[39]. Hazel Carby, « À l’orée de l’ère de la femme : lynchage, Empire et sexualité dans la théorie du féminisme noir », in Les Cahiers du Cedref, no 17, 2010 ; Sonia Maria Giacomini, Femmes et esclaves. L’expérience brésilienne (1850‑1888), Donnemarie-Dontilly, Éditions iXe, 2016 [1988].

 

[40]. Jean-Yves Le Naour, « La “honte noire”. La haine raciale des Allemands à l’encontre des troupes coloniales de l’armée française (1914‑1940) », in Quasimodo, no 8, 2006.

 

[41]. Stefan Breuer, Die Völkischen in Deutschland. Kaiserreich und Weimarer Republik, Darmstadt, Wiss Buchges, 2008.

 

[42]. Johann Chapoutot, Jean Vigreux, Des soldats noirs face au Reich. Les massacres racistes de 1940, Paris, PUF, 2015 ; Raffael Scheck, Une saison noire. Les massacres de tirailleurs sénégalais, mai-juin 1940, Paris, Tallandier, 2007.

 

[43]. Fabrice Virgili (dir.), Viols en temps de guerre, Paris, Payot, 2011 ; Catherine Brun, Todd Shepard, Guerre d’Algérie. Le sexe outragé, Paris, CNRS Éditions, 2016.

 

[44]. Cora Ann Presley, Kikuyu Women, the Mau Mau Rebellion, and Social Change in Kenya, San Francisco, Westview Press, 1992.

 

[45]. Danièle-Djamila Amrane-Minne, Des femmes dans la guerre d’Algérie, Paris, Karthala, 1994 ; Raphaëlle Branche, « Des viols pendant la guerre d’Algérie », in Vingtième Siècle, no 75, 2002.

 

[46]. John P. Cann, Counterinsurgency in Africa: The Portuguese Way of War, 1961‑1974, Pontevedra, Hailer Publishing, 2005.

 

[47]. António Lobo Antunès, Lettres de la guerre, Paris, Christian Bourgois Éditeur, 2006.

 

[48]. Sylvie Chalaye, « L’imaginaire colonial et la scène : corps et décors d’une Afrique fantasme », in Africultures, no 52, 2002 ; Sylvie Chalaye, « Spectacles, théâtre et colonies », in Pascal Blanchard, Sandrine Lemaire (dir.), Culture coloniale. La France conquise par son Empire (1871‑1931), Paris, Autrement, 2003.

 

[49]. Sylvie Chalaye, « L’invention théâtrale de “la Vénus noire” et ses avatars scéniques de Saartjie Baartman à Josephine Baker », in Nathalie Coutelet, Isabelle Moindrot (dir.), L’altérité en spectacle (1789‑1918), Rennes, PUR, 2015.

 

[50]. Catherine Servan-Shreiber, « Inde et Grande-Bretagne : deux regards sur un passé colonial à travers le cinéma », in Hermès, no 52, 2008 ; Stéphane Chauvin, « Le cinéma colonial et l’Afrique (1895‑1962) », in Vingtième Siècle, vol. 1, no 43, 1994.

 

[51]. Sylvie Chalaye, « Le théâtre de Tarzan ou les Folies-Bergère de la jungle d’Hollywood », in Agathe Torti-Alcayaga, Christine Kiehl, Théâtre, destin du cinéma/Théâtre, levain du cinéma, Paris, Le Manuscrit, Paris, 2013.

 

[52]. De Morocco (États-Unis, 1930) à Trader Horn (États-Unis, 1931) ; de The Lives of a Bengal Lancer (Grande-Bretagne, 1935) à Pépé le Moko (France, 1936) ; des Hommes sans nom (France, 1937) à Carl Peters (Allemagne, 1941).

 

[53]. Leigh Raiford, Imprisoned in a Luminous Glare: Photography and the African American Freedom Struggle, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 2011.

 

[54]. Azadeh Kian, « Introduction : genre et perspectives post/dé-coloniales », in Les Cahiers du Cedref, no 17, 2010.

 

[55]. On pense entre autres aux plasticien·ne·s Ayana V. Jackson, Barthi Kher, Manit Sriwanichpoom, Souad El Maysour, Kara Walker, Rosana Paulino, Nadia Valentine, Omar Victor Diop, Kiluanji Kia Henda, Lalla Essaydi, Majida Khattari, Billie Zangewa, Aida Muluneh, Yasmina Bouziane, mais aussi aux chorégraphes Faustin Linyekula, Latifa Laâbissi, Annabel Guérédrat, Wanjiru Kamuju, Robyn Orlin et aux dramaturges Eva Doumbia, Dieudonné Niangouna, Kossi Efoui, Marine Bachelot-Nguyen, Léonora Miano, Rebecca Chaillon, D’ de Kabal, Gerty Dambury…

 

[56]. Jennifer Terry, Jacqueline Urla (dir.), Deviant Bodies: Critical Perspectives on Difference in Science and Popular Culture, Bloomington, Indiana University Press, 1995.

 

[57]. Sylvie Chalaye, Corps marron. Les poétiques de marronnage des dramaturgies afro-contemporaines, Caen, Passage(s), 2018.

 

[58]. Joanne Nagel, Race, Ethnicity and Sexuality: Intimate Intersections, Forbidden Frontiers, New York, Oxford University Press, 2003.

 

[59]. Abdelwahab Bouhdiba, La sexualité en islam, Paris, PUF, 1975.

 

[60]. Kellina M. Craig-Henderson, Black Women in Interracial Relationships. In Search of Love and Solace, New York, Transaction Publishers, 2010.

 

[61]. Oyèrónkẹ Oyěwùmí, The Invention of Women: Making an African Sense of Western Gender Discourses, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1997.

 

[62]. Patricia Hill Collins, Black Feminist Thought: Knowledge, Consciousness, and the Politics of Empowerment, New York, Routledge, 2000.

 

[63]. Wendy Wang, The Rise of Intermarriage Rates: Characteristics Vary by Race and Gender, Washington D.C., Pew Research Center, 2012.

 

[64]. Pew Research Center, « The Rise of Intermarriage », 12 février 2012.

The Rise of Intermarriage

[65]. Thilo Sarrazin, L’Allemagne disparaît, Paris, Éditions du Toucan, 2013.

 

[66]. Ayoko Mensah (dir), Métissages : un alibi culturel ?, in Africultures, n° 62, 2005.

 

[67]. Laurent Baridon, Martial Guédron, Corps et arts. Physionomies et physiologies dans les arts visuels, Paris, L’Harmattan, 1999.

 

[68]. Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Ahmed Boubeker, Le grand repli, Paris, La Découverte, 2015.

 

[69]. Patricia Hill Collins, Black Sexual Politics: African Americans, Gender and the New Racism, New York, Routledge, 2004.

 

[70]. Peter Lehman, Pornography: Film and Culture, New York, Rutgers University Press, 2006 ; Maxime Cervulle, « De l’articulation entre classe, race, genre et sexualité dans la pornographie ethnique », in MEI. Médiation & Information, nos 24‑25, 2007 ; Maxime Cervulle, Nick Rees-Roberts, Homo Exoticus. Race, classe et critique queer, Paris, Armand Colin, 2010.

 

[71]. Kwame Anthony Appiah, « Race in the Modern World: The Problem of the Color Line », in Foreign Affairs, vol. 94, no 2, 2015 ; K. Anthony Appiah, Amy Gutmann, Color Conscious. The Political Morality of Race, Princeton, Princeton University Press, 1996.

 

[72]. Monique Wittig, « La pensée straight », in Nouvelles Questions féministes & Questions féministes, no 7, 1980 ; Jean-Louis Flandrin, Le sexe et l’Occident. Évolution des attitudes et des comportements, Paris, Seuil 1981 ; Judith Butler, Gender Trouble, Feminism and the Politics of Subversion, Londres/New York, Routledge, 1990.

 

[73]. Christine Delphy, Un troussage de domestique, Paris, Syllepse, 2011 ; John Solomon, DSK. The Scandal That Brought Down Dominique Strauss-Kahn, New York, Thomas Dunne Books, 2012.

 

[74]. Nicolas Bancel, Thomas David, Dominic Thomas (dir.), L’invention de la race. Des représentations scientifiques aux exhibitions populaires, Paris, La Découverte, 2014.

 

** Retrouvez la bibliographie générale de l’ouvrage ici : https://achac.com/sexe-et-colonies/open_source/bibliographie-generale-de-louvrage/

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