Paris, 150 ans d’immigration

Cette exposition est un regard porté sur les immigrations et leurs multiples influences sur Paris et sa région depuis le milieu du XIXe siècle. Cent cinquante ans d’une histoire encore méconnue, d’une mémoire en mouvement sont retracés dans cette exposition. Une histoire où se superposent et fusionnent deux grands mouvements migratoires : l’un en provenance de toute l’Europe (Italie, Espagne, Russie, Pologne, Belgique, Yougoslavie, Portugal, Roumanie, Allemagne, Grèce, Arménie…) et l’autre en provenance des Suds (ex-empire colonial français, Amérique du Sud, Caraïbes, Chine, Moyen-Orient, Japon…). Dans ce Paris des immigrations, plusieurs communautés investissent, par leur culture, leurs activités économiques et leurs engagements politiques, des quartiers, des communes, des rues, des usines… De fait, la région-capitale, plus qu’ailleurs en France et dès le milieu du XIXe siècle, est marquée par la présence migrante de travailleurs, de rapatriés ou de réfugiés, qui préfigure les mutations nationales. Jusqu’aux années 40, Paris, capitale du deuxième empire colonial au monde, met aussi en scène « ses » colonies lors des grandes expositions, fait appel à son Empire lors des deux conflits mondiaux ou pour développer son industrie.

De la même façon, l’immigration européenne, plus ancienne, est d’abord passagère ou exceptionnelle, utile en temps de guerre ou de reconstruction, et suit la croissance économique. Elle s’installe aussi de façon définitive, génération après génération, investissant la ville, ses architectures et ses commerces. Selon les époques, l’image de ces migrants est mouvante, oscillant entre fascination et rejet, invisibilité et invasion, intégration et revendication. Différentes vagues d’arrivants de l’empire colonial et du continent européen se croisent ou se succèdent : celle de la Révolution industrielle, celle de la Grande Guerre, celle des travailleurs des années 20-30. Si l’appel aux travailleurs algériens en parallèle à l’arrivée de nombreux Ibériques marque les Trente Glorieuses, celle des réfugiés d’Asie, d’Europe, d’Amérique du Sud et des « travailleurs » originaires des Antilles différencie les phénomènes migratoires des années 70. Enfin, de nouvelles immigrations, d’Afrique subsaharienne, d’Asie centrale, d’Extrême-Orient et d’Europe orientale constituent la dernière strate.

Paris est aussi le berceau des Révolutions et de la liberté de pensée ; elle voit passer de grandes figures politiques, artistiques et littéraires du XXe siècle. Cette présence influence la vie politique, culturelle et sociale, mais suscite aussi des réactions xénophobes, notamment en période de crise, tout en structurant un contrôle permanent des autorités municipales et gouvernementales. Les années 80 seront celles des revendications des nouvelles générations nées en France et pleinement d’ici, qui réclament l’égalité des droits, militent contre le racisme et la discrimination, mais aussi pour le droit à la reconnaissance de leur histoire oubliée. À la fois espaces d’intégration et d’exclusion, Paris et sa région cultivent cette ambivalence, construisant d’autres imaginaires largement diffusés par les médias sur les « nouvelles cultures urbaines ».

Après les commémorations du Bicentenaire en 1989, le tournant de 1998 et les crispations suite aux « révoltes urbaines » de 2005, nous entrons dans le temps des paradoxes. Cent cinquante ans plus tard, le Paris des diversités est un lieu où se croisent les mémoires et où s’inventent de nouvelles identités. On estime qu’aujourd’hui, un cinquième de la population francilienne est d’origine extra-européenne, que plus d’un tiers est issu des « immigrations blanches » et qu’un quart des Parisiens est né à l’étranger, rassemblant plus de quatre-vingt nationalités donnant le sentiment d’une mosaïque parisienne exceptionnelle. Plus qu’un signe, c’est le symbole d’une histoire métissée. Une histoire qui s’écrit aujourd’hui au présent…


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