Expositions

Monstres et phénomènes de foire… / De Barnum 1841 à Krao 1926

« Je ne suis pas un animal ! Je suis un être humain ! Je suis un homme ! »

John Merrichk, dans le film Elephant Man de David Lynch

De tous temps, les monstres et les difformes ont fasciné. Comme les animaux « exotiques », les personnes visuellement différentes ont excité l’imagination. Aristote, Cicéron, Saint-Augustin et Montaigne expliquaient par la science ou le divin ces différences corporelles. Dès le XVIe siècle, le cabinet de curiosités devient le réceptacle de l’étrange et rassemble de nombreuses collections. Puis le « monstre » intègre le monde des cirques itinérants, avant d’investir les tavernes, les foires et les rues des grandes villes. L’exemple de Maximo et Bartola est une bonne illustration de l’imagination des organisateurs de freaks shows. Ils ont été présentés au public comme « les derniers descendants aztèques », et se produiront au Barnum’s American Museumà New York pendant plusieurs années. En 1860, une année après la publication de L’Origine des espèces de Darwin, Barnum exhibe « What is it? » qu’il présente comme le « chaînon manquant ». Bien entendu, tout cela est inventé. Le faux et le vrai n’ont plus de frontières.

Le monstre devient une attraction majeure pénétrant le monde du spectacle comme la Bartholemew Fair de Londres, puis investissent les musées anatomiques. La femme à barbe croise en 1852 les Sauvages de Bornéo (en réalité les frères Davis, nés dans l’Ohio), les siamois Chang & Eng Bunker (nés au Siam en 1811) annoncent les géants chinois ou les sauvages de Cunningham… Comme Krao, la « femme-chimpanzé » née au Laos en 1872, acquise par Barnum auprès du « chasseur de phénomènes » Karl Bock, est montrée comme le chaînon manquant jusqu’en 1926 dans le monde entier. À la même époque (1886), John Merrick surnommé Elephant Man (que David Lynch a popularisé en 1980 dans son célèbre film éponyme) est exhibé en Grande-Bretagne par sir Frederick Treves. Enfin, à partir de 1887, une mère et son fils birmans à la pilosité surdéveloppée sont exhibés en Europe sous le nom de la « famille velue » et rencontrent un large succès. Si les freaks appartiennent à l’histoire, ils restent un élément central de la culture populaire du XXe siècle, s’adaptant à chaque époque, et notamment la nôtre où leur omniprésence est manifeste sur le web.

 

Focus 1 : What is it ? (1860)

What is it ? ,sorte de « chaînon manquant », habillé d’un costume composé de poils, fut sans conteste le plus célèbre des freaks et fera le succès de son « propriétaire » Barnum à partir de 1860. Il s’appelle en réalité William Henry Johnson, il est né aux Etats-Unis et il va jouer toute sa vie ce rôle d’homme-animal. William Henry Johnson, légèrement handicapé mentalement, avait été vendu au monde du spectacle par sa famille à l’âge de 4 ans. Sa carrière pour Barnum fut néanmoins lucrative, lui permettant par exemple d’acquérir une maison dans le Connecticut. Au crépuscule de sa vie, il déclare à sa sœur qu’ils se seront bien « moqués » du monde…

 


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