Au temps de l’Exposition coloniale

Décidé avant la Première Guerre, le projet d’une grande exposition dédiée aux colonies a été maintes fois repoussé : 1931 sera l’année coloniale. À partir de mai 1931, sous la direction du maréchal Lyautey, une gigantesque manifestation va se dérouler dans le bois de Vincennes. Le grand oublié de l’Exposition coloniale est sans conteste l’immigré colonial, qui est invisible dans les travées de Vincennes, sauf pour quelques recrutés dans les bars et restaurants de l’exposition. L’idée coloniale reste dominée par l’exotisme même si cette exposition marque l’avènement d’une conception moderne et planifiée du discours colonial.

Pendant plus de six mois, l’Exposition offre une vue générale des colonies et des territoires d’outre-mer de la France. Entouré des pavillons des autres territoires indochinois, le temple d’Angkor, avec ses dimensions comparables à celle du Sacré-Coeur, sert de phare. Il provoque un émerveillement sans équivalent pour les trente-trois millions de visiteurs. Afin de mieux symboliser « la grande possession d’Asie », les pavillons de la Cochinchine, du Tonkin, du Laos, du Cambodge et ceux de l’Annam sont distincts. Tout autour se trouvent les pavillons des autres territoires coloniaux.

La Plus Grande France met tous les espaces du Maghreb sur un même plan notamment l’Algérie, jusque-là toujours mise en avant. Le voyage se poursuit avec le pavillon de l’Afrique Occidentale Française, montrant un « village nègre ». Derrière Angkor, se trouvent aussi les pavillons des « anciennes colonies », la Nouvelle-Calédonie, puis ce sont la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique, la côte française des Somalis et Madagascar. L’Exposition est un énorme succès, la presse quasi unanime salue la « grandeur impériale » de la France. L’unique vestige de cette exposition reste le Palais des Colonies situé porte Dorée, construit pour l’occasion, ainsi que le pavillon du Togo-Cameroun que l’on peut découvrir dans le bois de Vincennes.

En 1933, le pavillon des missions, démonté et reconstruit à Épinay-sur-Seine, devient l’église Notre-Dame-des- Missions-du-cygne-d’Enghien, avenue Joffre. Au sein même de la célébration du colonialisme, doutes et contradictions commencent à s’installer à Paris. Le manifeste des intellectuels surréalistes, Ne visitez pas l’Exposition coloniale, veut marquer les esprits. La contre-exposition du Parti communiste La Vérité sur les Colonies reste dans la mémoire collective comme l’une des rares actions politiques d’envergure contre le colonialisme, au côté de l’action des mouvements anticolonialistes ou étudiants vietnamiens, maghrébins ou afro-antillais.


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