Memoire Combattantes

Expositions

Images et imaginaires autour de Banania

« Je déchirerai les rires Banania sur tous les murs de France. »

Léopold Sédar Senghor, Histoires noires, 1948

Le produit Banania naît dans l’esprit du journaliste Pierre Lardet qui en rapporte la recette du Nicaragua. Le premier symbole de la marque est une jeune femme antillaise imaginée par le dessinateur Tishon et la première publicité est éditée en 1914 dans le journal Excelsior. Puis, c’est un poilu imaginé par Maurice Leloir qui devient la signature du produit. Enfin, petit à petit, le tirailleur sénégalais s’impose et l’emblème de la marque est créé en pleine guerre, en 1915 par Giacomo de Andreis. Pierre Lardet inscrit alors son produit dans le contexte du conflit en proposant « pour nos soldats la nourriture abondante qui se conserve ». Il envoie même des wagons de Banania aux soldats du front. À l’image du tirailleur, son créateur lui adjoint « Y’a bon » en 1917, surnom attribué aux tirailleurs sénégalais lors de la campagne du Maroc en 1908. Le succès de la boisson va croissant au sortir de la guerre et dans le contexte d’occupation par les « troupes noires » de la Ruhr allemande. La marque est partenaire des jeux Olympiques parisiens de 1924 et participe aux expositions coloniales françaises.

Si la Première Guerre mondiale met en contact les populations de la métropole et celles des outre-mer, seule une poignée de démobilisés s’installe en France où la Revue nègre de Joséphine Baker (une des personnages de la série Frères d’Armes) (1925) rencontre un succès immense. Des centaines de cartes postales, des vignettes publicitaires, des affiches, des romans et des films vantent la bravoure du fidèle « Y’a bon » dont l’image change en 1935, étant revisitée par Georges Elisabeth qui ne dessine plus que le visage, la cuillère et le slogan. Le mythe est devenu icône. L’image du « grand enfant » s’est fixée à travers « Y’a bon », ce que dénoncera trente-cinq ans après sa création Léopold Sédar Senghor (un des personnages de la série Frères d’Armes) dans un texte célèbre (Hosties noires). Ce que dénonceront aussi, en 2011, plusieurs associations obtenant devant les tribunaux l’interdiction par la société Nutrimaine (qui fabrique toujours ce produit centenaire) de reproduire le slogan Y’a bon.

 


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