Le sultanat du Mālī. Histoire régressive d’un empire médiéval (XXIe-XIVe siècle)

Paru le 31 mars 2022 au CNRS Éditions, l’ouvrage Le sultanat du Mālī explore les discours historiques élaborés sur cet empire sahélien médiéval de la période contemporaine à la période médiévale, entre mondes musulmans arabophones, Afrique de l’Ouest et mondes occidentaux. Hadrien Collet est historien arabisant spécialiste de l’histoire de l’Ouest africain et de l’Égypte à la période médiévale. Actuellement membre scientifique à l’Institut français d’archéologie orientale du Caire (Égypte), il travaille sur l’histoire des diasporas ouest-africaines dans l’Égypte médiévale et dans l’Orient mamelouk. Ce livre, présenté ici, est la publication remaniée de sa thèse de doctorat, qui a reçu en 2018 le prix de la meilleure thèse d’histoire de l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne.

 

Le sultanat du Mālī, hégémonique au Sahel occidental du XIIIe au milieu du XVe siècle, n’a pas laissé de documentation interne. D’emblée, se pose la question de l’écriture de l’histoire d’un objet pour lequel l’on ne dispose, à de rares exceptions près, que de points de vue extérieurs. Les historiennes et les historiens, suite aux développements des études critiques et réflexives sur la discipline, s’accordent aujourd’hui sur le poids du présent dans le regard porté sur les sociétés passées.

Dans ce cas de figure particulier c’est tous les présents, conjugués et additionnés dans le temps, qu’il faut prendre en compte depuis le XIVe siècle et les premiers textes d’ampleurs écrits au Caire, à Damas ou à Fès.

Le livre considère ainsi trois pôles historiographiques cohérents de manière régressive : la période contemporaine en Afrique/Occident (XIXe-XXIe siècle) ; l’écriture de l’histoire dans les manuscrits arabes ouest-africains (XVIIe-XIXe siècle) ; l’Islam médiéval et tout particulièrement l’Égypte mamelouke (XIVe-XVe siècle). La première partie sera peut-être plus familière aux lecteurs puisque les études médiévales ouest-africaines, dont le champ d’étude académique est construit entre les années 1820 et 1920, furent forgées en grande partie dans la « bibliothèque coloniale ». Dans la deuxième moitié du XXe siècle, des sillons parallèles se creusent progressivement dans la narration de l’histoire (entre académismes, nationalismes, afrocentrismes, journalismes etc.) dans des contextes où, si la rupture idéologique est nettement opérée avec le colonialisme, les continuités épistémologiques demeurent indéniables et demandent à être déconstruites.

Les historiens d’expression arabe du XIVe au XIXe siècle font l’objet de la même approche historiographique. Le poids des différents présents d’écriture dans le passé est ainsi mis en évidence, et l’histoire du Mālī est conditionnée par les différents projets intellectuels des auteurs concernés.

Enfin, le livre s’efforce également de restituer la part d’agentivité du Mālī dans les discours dont il faisait l’objet, dont la dimension co-construite affleure à maintes occasions. Loin d’être isolées du reste du monde par le Sahara, les élites du sultanat avaient conscience des récits et des légendes qui circulaient vis-à-vis de leur région. Elles purent ainsi, au gré de leurs intérêts, participer à façonner directement les représentations que les auteurs médiévaux se faisaient d’eux.